Migrants expulsés: quand Washington se livre à un «marchandage opaque» avec des États africains
Pour éloigner toujours plus d’étrangers de son territoire, l’administration Trump a trouvé un nouvel outil : les expulser vers des pays tiers, notamment en Afrique. Pour obtenir leur coopération, Washington négocie, à bas bruit, en s’appuyant sur tout l’arsenal de sa puissance : financements, visas, commerce, aide et soutien diplomatique. Pendant six mois, RFI a enquêté sur ce dispositif au sein d’un consortium de 24 médias internationaux coordonné par Forbidden Stories. Documents internes, chronologies et témoignages permettent de retracer les dessous de ces négociations, qui impliquent aussi des organisations internationales. Pourquoi ces pays acceptent-ils de recevoir des expulsés ? Et qu’obtiennent-ils en échange ? Notre enquête met au jour une diplomatie du donnant-donnant dans laquelle, selon des avocats, des diplomates et des organisations de défense des droits humains, l’accueil des expulsés s’impose comme une « monnaie d’échange ».
17 février 2026. Le journaliste indépendant Nalova Akua pénètre dans un bâtiment sans enseigne de Yaoundé, géré par le ministère des Affaires sociales. À l’intérieur, des personnes récemment expulsées des États-Unis sont hébergées. Il est venu les rencontrer et recueillir leur témoignage pour l’Associated Press. L’une d’elles le supplie de « faire savoir au monde entier » ce qui lui arrive.
Le journaliste n’en aura pas le temps. La police l’arrête avec trois confrères et confisque leur matériel.
À ce moment-là, l’opinion camerounaise ignore encore que son gouvernement a conclu un accord avec Washington pour accueillir des personnes expulsées des États-Unis.
Une source proche du gouvernement camerounais affirme qu’il a été négocié en secret par le président Paul Biya lui-même, en toute confidentialité. Ses clauses, affirme cette source, « n’ont pas été divulguées au gouvernement ».
Selon les documents consultés par notre consortium, l’accord a été finalisé le 16 décembre 2025, par un échange de notes diplomatiques. Ces documents ne disent rien des termes de la négociation ayant conduit à l’accord.
Les autorités camerounaises n’ont, de leur côté, jamais communiqué officiellement sur le sujet.
Depuis janvier 2025 et le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les États-Unis ont conclu des accords de ce type avec 35 pays, dont 13 en Afrique. Dans le plus grand secret.
« Il s’agit pour la plupart d’accords opaques que les gouvernements n’ont pas soumis à l’approbation du Parlement. Il n’y a ni visibilité, ni transparence », explique Béatrice Njeri, avocate kényane, et responsable pour l’Afrique du Global Strategic Litigation Council (GSLC).
Souvent, il ne s’agit pas de traités formels. Quelques notes diplomatiques peuvent donc suffire, sans passer par les procédures parlementaires habituelles.
Cette souplesse permet à Washington et à ses partenaires de conclure ces accords hors des radars démocratiques. Et lorsqu’une contrepartie existe, il devient plus difficile d’en retrouver la trace.
Selon nos informations, une équipe d’une quinzaine de personnes est désormais dédiée à ces négociations au sein du Département d’État.
5News a agrégé ce résumé depuis le flux public du média. L'article complet, avec tout le contexte, est sur www.rfi.fr — le contenu appartient à RFI.