« Beaucoup l’utilisent comme anxiolytique » : à Mayotte, les ravages de la « chimique »
Hachim* était étudiant au sein d’un dispositif d’insertion professionnelle destiné aux jeunes en difficulté lorsqu’il est tombé dans la « chimique ». Dans ses cigarettes, l’un de ses formateurs avait remarqué de la poudre blanche, caractéristique de cette drogue de synthèse répandue à Mayotte. « Il commençait à avoir un comportement déviant et a été écarté de la structure, raconte Damien Devault, co-auteur de l’étude Chasse-marée, consacrée à cette drogue et publiée en 2023. La chimique provoque des troubles du comportement, des hallucinations, et parfois même des convulsions et des pertes de connaissances. Il n’est pas rare de retrouver les consommateurs avec les yeux révulsés, les quatre fers en l’air et de la bave aux lèvres. » Selon lui, « les jeunes qui tombent là-dedans gâchent leur avenir. »
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Début août, l’Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte, l’Observatoire régional de la santé et l’URPS Infirmiers de l’Océan Indien ont publié les résultats d’une nouvelle étude sur la consommation de « chimique » à Mayotte. Selon cette enquête, près d’un adulte sur vingt déclare avoir déjà consommé cette drogue de synthèse et environ 870 personnes en feraient un usage quotidien sur l’île. L’étude relève par ailleurs une forte progression de l’expérimentation chez les femmes, passée de moins de 1 % en 2019 à 3 % en 2025.
Firmin Moreau, représentant de l’association Popam, spécialisée dans la prévention, l’accompagnement et la prise en charge des personnes confrontées aux addictions à Mayotte, confirme « une hausse de la présence de femmes en maraude ». Pour Damien Devault, « les consommatrices sont souvent des femmes seules, qui s’ennuient. Ce sont parfois des femmes « secondaires », vulnérabilisées par une société polygame, qui ne voient leur mari qu’une fois par semaine et tombent ainsi dans l’alcool ou la drogue. »
La chimique est apparue sur le territoire en 2008. Le produit s’est ensuite diffusé rapidement par les réseaux de revente de rue, jusqu’à devenir disponible sur l’ensemble du territoire. Cette drogue, sous forme de poudre, arriverait par voie maritime ou par voie postale. « Des grossistes réceptionnent la drogue puis elle est transformée localement par ce qu’on appelle des « cuisiniers » qui sont aussi des consommateurs, et qui la revendent », détaille Damien Devault.
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Si la chimique est relativement peu onéreuse en comparaison d’autres drogues, « elle n’est pas la drogue du pauvre », souligne Firmin Moreau. « Les consommateurs sont souvent des personnes insérées qui ont un peu de revenus et qui sont âgés de 30 à 40 ans. Certains sont en situation de précarité mais il ne s’agit pas de la majorité. »
La consommation de cette drogue est toutefois « très mal vue localement ». « Les consommateurs ont parfois un trouble psychiatrique, ce sont dans tous les cas des gens qui souffrent. La chimique est une drogue qui permet d’oublier, on ne va pas en voir dans un festival par exemple.
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