Dépenses, dépendance... Comment l’Unesco veut aider les gouvernements à limiter leur recours aux cabinets de conseil
Leur présence dans les hautes sphères des administrations fait régulièrement polémique, notamment en France, où a éclaté en 2022 « l’affaire McKinsey », du nom de ce cabinet de conseil américain dont le rôle grandissant avait été dénoncé par un rapport sénatorial.
Depuis, la problématique du recours aux grands cabinets de consultants a fait tache d’huile, jusqu’à ce que le dossier arrive entre les mains de l’Unesco. « Six pays européens ont identifié le recours aux consultants comme un secteur nécessitant une réforme. Ils ont sollicité de manière proactive la Commission européenne, puis l’UNESCO, pour obtenir un soutien leur permettant de poser un diagnostic », explique Iulia Sevciuc, cheffe de « l’Inclusive Policy Lab » de l’Unesco. Un programme de trois ans a été lancé dans la foulée et est arrivé à son terme en ce mois de septembre 2026.
Son objectif a entre autres été d’aider les pays demandeurs (Autriche, Belgique, République tchèque, France, Grèce et Lettonie) à se prémunir contre un éventuel cercle vicieux. Celui-ci est décrit par l’Unesco sur la page dédiée au projet : « Les conséquences de la dépendance excessive (aux cabinets de conseil) se cumulent à travers les engagements et au fil du temps : les dépenses de conseil augmentent, la prise de décision dérive vers des acteurs externes, la capacité gouvernementale s’érode et un verrouillage fournisseur (stratégie rendant les clients dépendants, ndlr) s’installe ».
Pour éviter ce scénario, l’Unesco propose un programme d’actions qui « s’articule autour de deux axes » , explique Iulia Sevciuc. « Le premier consiste à réduire le recours aux prestataires externes » et les dépenses associées, ce qui passe notamment par un meilleur diagnostic des missions qui peuvent être demandées aux cabinets de conseil.
« Et l e second vise à développer des capacités de conseil en interne », poursuit Iulia Sevciuc. « En réalité, au sein de très nombreuses administrations, il existe une multitude d’unités de conseil. L’enjeu est de mieux les identifier, de les coordonner et de les mobiliser à l’échelle de l’ensemble de l’administration » , détaille Iulia Sevciuc.
Pour autant, il n’est pas question de se passer des cabinets extérieurs. « Il existe des situations où le marché peut être mieux adapté à certains besoins. Et il n’est pas nécessaire d’embaucher du personnel et de développer en interne des capacités coûteuses pour un besoin ponctuel », poursuit Iulia Sevciuc. « La question centrale de la réforme n’est pas de savoir si les gouvernements doivent recourir à des consultants externes, mais pour quelles fonctions, à quelle échelle et dans quelles conditions », résume Iulia Sevciuc.
La méthode détaillée par l’Unesco a commencé à être appliquée dans certains pays. La Grèce a notamment créé un organisme chargé des missions de consultants pour le gouvernement et a voté une loi sur le sujet, travaillée en lien avec les équipes de l’Unesco.
« En Belgique, les résultats du projet ont été intégrés dans l’accord de coalition fédérale, et l’Autriche est en train de créer une entité de conseil rattachée à la Chancellerie fédérale » , poursuit Iulia Sevciuc.
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