L’auteur de BD Manu Larcenet sort « L’insensé », l’histoire d’un homme à son image
Du jaune, du bleu, du rouge… Les couleurs sont omniprésentes dans L’insensé , le nouvel album de Manu Larcenet. Loin de l’univers de « La route », sa formidable adaptation du roman de Cormac McCarthy.
Cette nouvelle histoire mijotait dans sa tête depuis des années. J’ai cumulé des notes et des croquis. J’ai fait beaucoup d’essais, parfois des choses très personnelles. Mais il manquait quelque chose, ça ne fonctionnait pas. Et puis j’ai eu cette idée d’une lettre que le personnage enverrait à ses enfants. Le lien qui fait aussi le liant de son histoire. Émouvante sans être triste. Juste la vie quoi.
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Celle de Francis Barbot, un homme d’un âge incertain, respectable, inspiré par le grand-père du film « Le garçon et le héron », de Miyazaki, après sept versions qui ne me plaisaient pas…
Il vit la nuit, dans le noir et les étoiles. Sa passion c’est le dessin. Un monde d’animaux et un univers onirique. Francis est solitaire, Yannick, rencontré lors d’un séjour dans un hôpital psychiatrique, veille sur lui.
Un chat noir l’observe. Une chouette lui rend visite le soir. Et chaque mercredi, le gamin d’à côté lui réclame le dessin d’un chat. Dans ce monde paisible en apparence, la nouvelle fracassante de la maladie frappe.
La recherche de la couleur est tombée sur Manu Larcenet un peu comme une météorite . Le trait noir est précis, sans esbroufe. Il devient même minimal dans cette nouvelle œuvre.
Les oiseaux s’invitent dans les pages comme des personnages secondaires. Une passion née chez l’auteur dès l’enfance. J’aime connaître ce que je regarde, par contre je suis nul en chant !
Le lecteur est spectateur de la nature qui accompagne Francis chaque jour qui passe. Un album à la fois contemplatif et poétique.
Il est vrai qu’il est finalement très serein, bien plus que je le pensais au départ. Certainement l’influence de Miyazaki », déconne celui qui porte le dessin ancré dans la peau et dans l’âme. Manu Larcenet reste vague sur ses intentions.
Il ne faut pas chercher de sens spécial. Je raconte ce que vit le personnage. L’injustice qui le touche et contre laquelle on ne peut rien. Mais « L’insensé » n’est pas un livre sordide. Parfois les derniers moments sont les plus beaux…
Petite particularité du talentueux dessinateur : depuis plus de dix ans, il évite les dédicaces et autres signatures. 200 à 300 dessins par jour c’est une torture, je ne suis pas assez bon pour ça.
Il admire ceux qui tiennent encore le coup mais avoue aussi ne plus les lire. Depuis une dizaine d’années. Les bonnes histoires, j’étais frustré de ne pas y avoir pensé. On est de plus en plus envahi par l’IA et les histoires sont nulles, comme 90 % de la BD d’aujourd’hui. Savoir dessiner, raconter une histoire et écrire, ce n’est pas si facile et c’est très long.
« L’insensé », Dargaud, 176 pages, 27 €. Rencontre avec Manu Larcenet ce dimanche 18 octobre, à 15 h, à l’Abbaye royale de l’Épau (Sarthe) dans le cadre du festival BD de l’Epau. Gratuit.
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