« Je ne cherche pas à être vulgaire » : quand la façon de danser d’Elvis Presley choquait l’Amérique conservatrice
Un genou qui fléchit, une jambe qui tremble avec précision, et ce bassin semblant échapper à tout contrôle. Le 5 juin 1956, Elvis Presley interprète le morceau Hound Dog dans l’émission télévisée américaine The Milton Berle Show . Il a laissé sa guitare de côté. Le rythme ralentit, les hanches insistent, les cris montent. À 21 ans, le chanteur est non seulement en train de faire entrer le rock dans les foyers états-uniens, mais il y invite également les corps alors jugés indécents. Dès le lendemain de sa prestation, le New York Times rapproche sa gestuelle des spectacles prenant place dans les cabarets érotiques.
Ça n’est pas tout à fait la première fois qu’Elvis Presley se livre à cette danse sur une estrade. Deux ans plus tôt, à l’Overton Park Shell de Memphis, il secouait déjà une jambe, prétextant alors, certainement pour échapper aux critiques les plus véhémentes, une conséquence du trac. Son guitariste Scotty Moore aura à cœur de l’appuyer dans la construction de cette légende, n’ayant jamais changé de version jusqu’à sa mort. Mais force est de constater que le public, et plus particulièrement les jeunes filles, son réceptives à ce détail scénique.
Pas fâché avec la notoriété et les coups de force, le jeune Elvis Presley réitère plusieurs fois l’expérience, jusqu’à ce que la presse lui colle ce surnom, qu’il déteste immédiatement d’ailleurs : « Elvis The Pelvis » , Elvis le bassin en français. Dans un numéro du magazine TV Guide paru le 29 septembre 1956, il déclare : « Je ne cherche pas à être vulgaire. Mais je ne peux rester immobile quand je chante. » La controverse s’extirpe vite des journaux pour entrer dans les cours de justice. Dès le mois d’août de cette même année, le juge Marion Gooding menace de faire arrêter le chanteur si ses mouvements suggestifs persistent.
Dans l’Amérique ségrégationniste, Elvis Presley mêle en fait l’aspect le plus blanc de la country aux musiques noires, telles que le blues et le rhythm and blues. Hound Dog est d’ailleurs une reprise d’une chanson interprétée dès 1952 par la chanteuse noire Big Mama Thornton. Il n’invente ni ces rythmes, ni la sensualité qui les accompagne, mais les porte vers un nouveau public, immense, blanc, tout en bénéficiant de possibilités commerciales inaccessibles aux artistes subissant le racisme et la ségrégation. Son succès brouille les frontières, oui, mais certainement pas les inégalités.
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Et puis, les cris des adolescentes rendent leur désir audible aux oreilles du monde, faisant de ce déhanchement une sorte de contestation sans réel discours, difficile à discipliner en tout cas. Si message il y a, ce serait celui de pouvoir s’abandonner à la musique plutôt que d’obéir à la bienséance. La révolution des droits civiques n’est pas pour tout de suite. En attendant, les huiles de la télévision tentent de reprendre la main : le 6 janvier 1957, lors de son troisième passage au Ed Sullivan Show , Elvis Presley est filmé au-dessus de la taille, hanches et jambes hors du cadre.
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