«Les deux vies et trois morts» du réalisateur iranien Karim Lakzadeh
C'est une fable acerbe de l’Iran aujourd’hui, macabre et burlesque, avec un équilibre parfait entre l’humour noir et une critique sociale féroce. Dans le film Living Twice, Dying Thrice (« Deux vies, trois morts »), Karim Lakzadeh, né en 1986 à Chiraz, dans la province du Fars en Iran, raconte l’histoire de trois mineurs qui traversent le pays clandestinement. Victimes de l’effondrement d’une mine, ils décident de se faire déclarer morts pour commencer une deuxième vie. Présenté en première mondiale au Festival de Cannes, le film sera projeté au cinéma Louxor, à Paris, à l’occasion de la reprise de la programmation de l’ACID, du 17 au 20 septembre, dédiée au renouvellement des regards cinématographiques.
RFI : Où et dans quelles circonstances avez-vous tourné Living Twice, Dying Thrice (« Deux vies, trois morts ») ?
Karim Lakzadeh : Il y a presque un an, nous l’avons tourné aux alentours de Téhéran. C'est un film indépendant. Et pour les films indépendants, c'est beaucoup plus compliqué que pour les autres films.
Vous racontez l’histoire de trois mineurs qui survivent à l’effondrement d'une mine et se font passer pour morts pour que leurs proches puissent encaisser une indemnisation. Dès le début, il est clair que vous voulez faire surgir quelque chose de la profondeur de la mine.
Au début du film, cette main qui sort de la mine, c'est comme une main qui sort d'une tombe. Cette main sort pour commencer une deuxième vie. Tous les êtres humains aimeraient avoir une deuxième vie, avoir la chance de vivre une deuxième vie. Pour ceux qui ont vécu dans la pauvreté et dont la première vie était très difficile, ce désir est encore plus fort, ils rêvent d'avoir une deuxième vie.
La photographie du film donne la priorité aux couleurs brunâtres et noires, créant une ambiance très particulière, parfois encore renforcée par le brouillard.
Les personnages du film sortent d’une sorte de grotte. Ils ne sont pas comme les premiers humains, ils sont tous des hommes modernes, mais ils vivent et sortent d'un lieu qu’on peut désigner comme une grotte. Tout au long du film, l’ambiance évolue. Au début, il y a ces brouillards, cette ambiance noire. Mais en s'approchant de la deuxième moitié du film, on voit de plus en plus la ville, la modernité, dans un contexte iranien. Cela me permettait de faire avancer le récit.
Les protagonistes constatent très vite que leur mort vaut bien plus que leur vie. À travers les indemnités en faveur de leurs proches, leur mort sera bien mieux reconnue et valorisée que leur vie. Mais comment prouver sa mort quand on est encore en vie ? Est-on face à une société mortifère écrasant ses individus ?
Oui, on peut dire ça, mais cela ne se limite pas à la géographie et au contexte iranien. Partout dans le monde, la vie d'un ouvrier se limite en fait à l'usage de son corps par un pouvoir et un système dominant. Et une fois qu'il a vieilli, il est remplacé par un plus jeune. Cela, c'est le système et l'ouvrier ne peut que rêver pour se libérer du système et de la famille.
Les femmes se trouvent souvent en marge du récit. En même temps, elles jouent un rôle central.
Je dirais qu'elles sont très actives dans le film.
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