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Culture

Zahra Joya, la voix des Afghanes réduites au silence

France Culture ·
Zahra Joya, la voix des Afghanes réduites au silence

La journaliste afghane Zahra Joya a dû fuir son pays, depuis le retour des talibans en août 2021. Exilée à Londres, cette jeune femme de 34 ans a fondé Rukhshana Media, un média indépendant consacré aux femmes afghanes. Avec des journalistes qui continuent à enquêter clandestinement dans le pays.

Petite fille, dans sa province natale de Bamiyan, au milieu des montagnes afghanes, Zahra se faisait appeler Mohammed. Sa mère lui coupait les cheveux et lui confectionnait des vêtements de garçon pour qu’elle puisse aller à l’école.

Alors, voir aujourd’hui les jeunes Afghanes subir le même sort la bouleverse :

"Malheureusement, c’est difficile, parce que l’histoire se répète une fois encore. Et c’est profondément déchirant pour moi de voir qu’une autre fille, exactement comme moi, n’a pas le droit d’aller à l’école.

Cette fois, les talibans autorisent les filles à aller à l’école jusqu’à la sixième année, c’est-à-dire jusqu’à l’âge de douze ans. Mais ensuite, l’enseignement secondaire leur est interdit."

Zahra rêvait de devenir procureure, comme son père. Après des études de droit à l’université de Kaboul, elle se tourne vers le journalisme d’investigation. Elle est souvent la seule femme de la rédaction. Mais en août 2021, le retour des talibans bouleverse sa vie :

"Un moment terrible. Ce fut l’un des moments les plus sombres de ma vie et de l’histoire de l’Afghanistan, parce que nous avons tout perdu. J’étais une femme libre.

Un ou deux jours à peine avant l’arrivée des talibans à Kaboul, je pouvais encore aller au restaurant, retrouver des amies, déjeuner avec elles. Le lendemain, je pouvais encore aller dans un salon de beauté, retrouver ma coiffeuse. Et puis, le jour suivant, les talibans sont entrés dans Kaboul. Ils ont décrété que les femmes devaient rester à la maison."

Zahra tente encore de sortir de chez elle, en legging et foulard sur la tête. Mais quelques jours plus tard, elle s’enfuit, évacuée par les autorités britanniques.

"Le plus terrible, ça a été de dire au revoir à mes parents. Je ne savais vraiment pas quand, ni même comment, je pourrais les revoir."

Depuis sa chambre, devant son ordinateur, elle continue de diriger Rukhshana Media . Tous les matins, à cinq heures, elle récupère les articles envoyés par ses collègues en Afghanistan.

"Le travail que nous menons, mes collègues et moi, au sein de Rukhshana Media Ouverture dans un nouvel onglet , c’est une forme de résistance. Mes collègues travaillent dans le secret. Les talibans peuvent à tout moment nous suivre à la trace, ou découvrir l’identité de l’un de nos collègues. C’est pourquoi elles travaillent séparément. Elles ne se connaissent pas entre elles et ne sont pas en contact les unes avec les autres."

En 2022, son combat dépasse les frontières de l’Afghanistan. Elle est désignée Femme de l’année et fait la couverture du magazine américain Time .

" C’était une belle photo de moi. Évidemment, cette couverture m’a permis de gagner en visibilité auprès d’un public beaucoup plus large. Mais, je crois que c’était surtout une façon de montrer que les femmes afghanes sont visibles, qu’elles ne sont pas anonymes. Elles ont un nom, un visage, une identité.

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