Soupçonné d’être un bourreau de l’État islamique, un ex-jihadiste français jugé à Paris
Des photos de cadavres décapités sont au cœur du procès d’Othman Garrido, jugé à partir de lundi pour assassinat et meurtres sous le règne de l’État islamique en Irak et en Syrie, où ce jihadiste français est resté huit ans.
Le procès devant la cour d’assises spéciale de Paris, va raviver le souvenir des années de terreur imposée par Daech (acronyme arabe de l’EI) dans la décennie 2010 sur de vastes pans de territoires en Syrie et en Irak.
Comme quelque 1 500 Français, Othman Garrido, originaire de la ville de Montpellier, a rejoint les zones contrôlées par l’ancien califat de l’EI. Il y a combattu avant d’être arrêté et expulsé par la Turquie vers la France en 2020. Son père, un converti franco-espagnol y est mort en kamikaze en 2016, ses deux frères y ont été tués au combat.
Aujourd’hui âgé de 32 ans, il est le seul homme survivant de la famille, encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Il va devoir s’expliquer sur des photos retrouvées dans le téléphone qui aurait appartenu à sa femme, épousée religieusement dans les zones contrôlées par l’EI, avec qui il a eu deux enfants.
Principales pièces de l’accusation, ces images ont été transmises sur un disque dur aux enquêteurs français par les Américains, qui dirigeaient la coalition internationale ayant défait l’EI en 2019.
L’une montre un homme au visage partiellement masqué par un foulard posant devant un cadavre décapité, la tête du supplicié à ses pieds.
L’homme lève un index au ciel dans un signe d’allégeance à l’EI, présente du sang sur les mains, et peut donc être considéré comme l’auteur de l’assassinat, selon l’enquête.
Othman Garrido a admis une ressemblance mais a toujours démenti être le bourreau présumé de la photo, évoquant un temps la possibilité qu’il puisse s’agir d’un de ses frères.
La photo n’est ni datée ni géolocalisée, l’identité de la victime reste inconnue, et les experts ne sont pas parvenus à formellement identifier l’homme masqué.
« Il ne faut pas faire dire à une photo plus que ce qu’elle dit », insiste l’avocat de d’Othman Garrido, Me Antoine Ory. « Même à supposer que ce soit lui sur la photo, ça ne permet pas de dire qu’il est l’assassin. »
L’autre volet du dossier porte sur les meurtres de deux Iraniens (pendant la guerre civile syrienne, l’Iran soutenait le régime de Bachar al-Assad), exécutés en place publique en 2015 à Al-Qaryatayn, dans le centre de la Syrie, dans une de ces mises en scènes macabres qu’affectionnait l’EI.
Une série de photos extraites du même téléphone montre un groupe de jihadistes posant autour des cadavres, les têtes tranchées posées sur les corps.
Othman Garrido apparaît souriant sur les clichés, tenant par les épaules les deux bourreaux, deux jihadistes français, Yacine Rettoun et Oumar Diaw, présumés morts depuis. Il y a également des photos de lui dans le pick-up de jihadistes amenant les Iraniens sur le lieu de leur mise à mort. Il a reconnu avoir assisté à l’exécution.
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