Donald Trump interdit CNN, MSNOW et Politico : un geste rare, mais pas sans précédent
Donald Trump a annoncé vendredi 18 septembre sur Truth Social interdire « avec effet immédiat » l’accès à la Maison-Blanche à CNN, MSNOW (ex-MSNBC) et Politico, accusés de propager de « fausses informations » . Il a menacé que « d’autres médias » suivraient. Recevant des journalistes un peu plus tard dans le Bureau ovale, le président a revendiqué ce « droit » , tout en s’en prenant au New York Times et au Washington Post .
CNN a répliqué, dénonçant une « attaque illégale » contre la liberté de la presse, tandis que Politico a promis de « défendre vigoureusement » ses droits. L’association des correspondants de la Maison-Blanche, par la voix de sa présidente Jacqui Heinrich, a affirmé son soutien aux rédactions visées. Pour Bruce Brown, du Reporters Committee for Freedom of the Press, une telle interdiction serait « inconstitutionnelle » et vouée à être annulée par la justice.
Les présidents américains se sont toujours frottés à la presse. Selon une analyse de la chaîne américaine WTVO, si les chefs d’État ont souvent critiqué des journalistes ou ciblé des individus, exclure des rédactions entières demeure historiquement rare. Un ancien président de l’association des correspondants affirmait même ne connaître aucun cas où un journal se serait vu retirer son accréditation à la Maison-Blanche depuis la création de l’association en 1914.
Le précédent le plus souvent invoqué reste celui de Richard Nixon. Après les révélations du Washington Post sur le Watergate, le président aurait interdit aux journalistes du quotidien l’accès à une grande partie de la Maison-Blanche, selon plusieurs récits historiques. Un enregistrement resté célèbre le montre ordonnant à son porte-parole qu’aucun reporter du Washington Post ne soit plus jamais admis, sauf en conférence de presse.
L’ampleur réelle de la mesure reste toutefois débattue car Bob Woodward, l’un des deux journalistes à l’origine des révélations sur le Watergate , a nuancé la comparaison avec Donald Trump dès juin 2016. Selon lui, l’administration Nixon n’avait pas formellement retiré les accréditations du Post , se contentant d’écarter ses journalistes des événements sociaux de la Maison-Blanche, une sanction plus limitée que celle annoncée vendredi.
Autre épisode marquant, sous Barack Obama en 2009, la Maison-Blanche a mené un effort délibéré pour exclure Fox News d’un pool de presse, confirmé a posteriori par des courriels internes malgré les démentis de l’époque. Les autres rédactions du pool s’étaient alors solidarisées, menaçant de boycotter un compte rendu si Fox n’y était pas incluse, la Maison-Blanche avait alors reculé.
Sous le premier mandat de Donald Trump, plusieurs incidents ciblés ont déjà opposé la Maison-Blanche à des journalistes précis. En 2018, l’accréditation de Kaitlan Collins (CNN) avait été suspendue après des questions jugées « inappropriées » , suscitant une réaction de Reporters sans frontières dénonçant une atteinte au droit d’informer le peuple américain. La même année, Jim Acosta (CNN) avait vu son accès révoqué après un échange tendu, la justice avait ordonné son rétablissement.
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