"Une société n'a pas à tordre les règles du droit du travail quand ça l'arrange": plus de 200 anciens livreurs de Foodora réclament des dommages et intérêts à la plateforme de livraison de repas
231 anciens livreurs de la plateforme allemande de livraison de repas Foodora réclament à cette entreprise des dommages et intérêts, "entre 3.000 et 6.000 euros de préjudice moral en fonction de l'ancienneté et un préjudice financier de précarité supplémentaire entre 4.000 et 6.000 euros par personne également", selon leur avocat. "C'est l'occasion de parler des ex-coursiers", pointe leur avocat: 231 anciens livreurs de Foodora réclament mercredi devant le tribunal de Paris des dommages et intérêts auprès de la plateforme allemande de livraison de repas, qui avait plaidé coupable pour travail dissimulé en France.
En mars, Foodora, qui n'exerce plus en France, a accepté une amende de 200.000 euros lors d'une première audience de plaider-coupable, échappant ainsi à un procès au pénal, au grand dam des ex-livreurs.
Après avoir été critiqué et s'être retiré de plusieurs pays, Foodora avait choisi de mettre fin à son activité en France en 2018 alors que cette plateforme utilisait dans l'Hexagone 4.600 coursiers à vélo ou scooter répertoriés par l'Urssaf. Selon l'enquête judiciaire, ces derniers étaient présentés sous un statut de travailleurs indépendants, alors qu'ils auraient dû être salariés.
Me Kevin Mention, qui représente les 231 parties civiles, a demandé "entre 3.000 et 6.000 euros de préjudice moral en fonction de l'ancienneté et un préjudice financier de précarité supplémentaire entre 4.000 et 6.000 euros par personne également". Mais l'essentiel est ailleurs. "C'est l'occasion de parler des ex-coursiers, de ce qu'ils ont subi, pour faire bouger les choses", recentre l'avocat auprès de l'AFP. "Dans ces dossiers, il y a peu de personnes qui attaquent, peu qui osent aussi dire tout ce qui s'est passé et ces sociétés jouent là-dessus".
Pierre B., 35 ans aujourd'hui, coursier de septembre à décembre 2016 à Paris, attend de la justice qu'elle "remette l'église au milieu du village". "Une société n'a pas à tordre les règles du droit du travail quand ça l'arrange".
Comme les autres ex-livreurs à vélo interrogés par l'AFP, il avait pris ce job pour se faire de l'argent pendant ses études.
Le "truc typique", c'est le "soir de pluie où on se casse la gueule, avec les genoux amochés , le vélo pété et la commande foutue". Quand il appelle le "dispatch", qui attribue les commandes aux livreurs, la priorité n'est pas la santé du coursier.
Il entend "Vous êtes sûr que la commande est complètement détruite ?" et "Ça fait beaucoup d'accidents sur une période, on va voir si ça ne vous crée pas des malus pour être programmé sur des créneaux à l'avenir".
Pour Tristan, 30 ans aujourd'hui, dans la tenue rose de Foodora à Paris de 2016 à 2018, "il y avait des gens au dispatch qui n'étaient pas non plus méchants, mais j'imagine qu'ils étaient eux aussi sous pression des managers".
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