C'est le nez derrière Black Opium d'Yves Saint Laurent et l'une des rares femmes parmi les maîtres parfumeurs: Nathalie Lorson nous dévoile ses secrets pour créer des grands parfums à succès
Ce mercredi 9 septembre, la cour d’ordinaire paisible de la maison de Victor Hugo , place des Vosges à Paris, bruisse d’une agitation inhabituelle. Journalistes spécialisés, vidéastes et experts du design et de la parfumerie s’y pressent pour rencontrer Nathalie Lorson. Si son nom est peu connu du grand public, elle est pourtant une véritable star dans son domaine. En effet, cette créatrice se cache derrière de (très) nombreuses fragrances qui peuplent nos salles de bains.
Originaire de Grasse, elle a signé plus de 200 parfums, parmi lesquels Black Opium d’Yves Saint Laurent, récompensé par le Prix international du parfum en 2015, mais aussi Flora de Gucci ou encore L'impératrice de Dolce & Gabbana. Nathalie Lorson compte également parmi les rares femmes à avoir accédé au prestigieux statut de maître parfumeur. Malgré un agenda très chargé, nous sommes parvenus à nous entretenir avec celle qui imagine certains des jus les plus prisés du marché.
Lalique, Yves Saint Laurent, Van Cleef & Arpels... Vous avez participé à la création de parfums parmi les plus connus du marché. Selon vous, qu’est-ce qui fait le succès commercial d’une fragrance ?
Nathalie Lorson : C’est une question très difficile. Pour ma part, j’essaie toujours d’apporter quelque chose de nouveau sur le marché. Pour connaître un véritable succès, et surtout un succès pérenne, un parfum doit proposer une forme de différenciation.
Il y a énormément de nouveautés qui sortent chaque année . Il faut donc essayer d’introduire un angle différent, un effet inattendu ou de nouvelles associations de matières. Il est essentiel que le parfum possède une véritable signature.
Multiplier les déclinaisons d’un parfum à succès, est-ce une nécessité créative ou une stratégie commerciale pour empêcher le public de se lasser ?
Nathalie Lorson : Je pense qu’elles sont très importantes, parce qu’elles permettent de réinstaller le produit et de faire vivre son ADN. Dans le cas de Black Opium, je conserve toujours la structure caractéristique du parfum original, fondée sur le café, les fleurs blanches et la vanille. À partir de cette signature, j’ajoute chaque fois de nouvelles facettes.
Black Opium existe depuis 2014 et, pendant ce temps, les goûts évoluent et de nouvelles matières apparaissent. Il est donc intéressant d’apporter de nouvelles tonalités tout en conservant l’identité de départ. Cela permet aussi d’élargir le public du parfum.
Mais alors, comment renouveler une fragrance aussi célèbre sans perdre ce qui fait son identité ? Et jusqu’où peut-on multiplier les déclinaisons sans lasser le public ?
Nathalie Lorson : Il faut trouver un équilibre entre continuité et nouveauté. Certains éléments doivent rester immédiatement reconnaissables, car ils constituent la signature du parfum. Mais on peut les éclairer différemment, les associer à d’autres ingrédients ou accentuer une facette qui était jusque-là plus discrète.
Une déclinaison ne doit pas être une rupture complète. Elle doit conserver un lien évident avec la création originale, tout en proposant une nouvelle expérience.
Prenons l’exemple de Black Opium de Yves Saint Laurent.
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