Comment se construire un nouveau chez-soi
[Cet article, publié pour la première fois sur notre site le 4 octobre 2025, a été republié le 16 octobre 2026]
Qu’on s’en pose des questions dans une vie ! Une de mes préférées a d’ailleurs brièvement orné la façade du Nouveau Théâtre de la Résidence de Munich, sous la forme d’une banderole. Ses grosses lettres rouges demandaient aux passants : “Tu vas où, quand tu dis que tu rentres chez toi ?” C’était le deuxième été que je passais dans la capitale bavaroise, où j’avais tant désiré vivre. Tous ceux qui aiment la ville vous raconteront le parfum des journées chaudes de septembre, quand tombent les premières feuilles mortes et que l’air se fait doux ; les lacs où s’immerger le soir pour échapper à la chaleur de la ville ; les eaux vertes de l’Isar, l’azur du ciel et la neige, maîtresse en hiver.
Mais ce sont là des projections d’amoureux, qui nous feraient oublier tout ce qui peut rendre la ville inhospitalière. Il m’a donc été facile de répondre à la question posée par la banderole : à Munich, parce que c’est chez moi . J’étais heureuse dans ma vie, heureuse d’être entourée de mes amis, j’avais mon lieu de baignade préféré, mon supermarché préféré, ma boulangerie et mon itinéraire de balade préférés.
Se sentir chez soi est un besoin humain primordial, sans lequel il nous est impossible de se sentir au chaud, en sécurité. Ce sentiment d’être au bon endroit – s’il advient – façonne notre identité, qui s’imprègne alors du lieu où nous sommes. C’est de lui que dépend notre courage pour affronter le monde, la manière que l’on a de se raconter, nos sentiments de solitude, d’être perdus ou, au contraire, notre assurance inébranlable. Simone Weil écrit [dans L’Enracinement. Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain, 1949 publication posthume] d’ailleurs que “l’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine” , et plaide ainsi pour un ancrage bien au-delà du simple monde matériel. Jane Austen, dans Emma [1815], s’exclame : “Ah ! Rien de tel que de rester chez soi pour connaître le vrai confort.” Et Maya Angelou, la poétesse , d’écrire :
Cet endroit rêvé peut ne pas être un lieu concret, mais un souvenir ou une personne en particulier. “Avec toi je me sens chez moi”, voilà une phrase qui dépasse toutes les déclarations d’amour.
D’ailleurs, les animaux non plus ne badinent pas avec leur chez-eux.
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