Avec ses clichés des émeutes de juin 1848, ce Parisien a peut-être pris les premières photos de reportage de l’histoire
Une rue parisienne prise depuis une fenêtre en hauteur. Un pan de mur indique une fabrique de chocolat, mais aussi de « grands et petits ateliers à louer » au numéro 95. Au centre de l’image, la rue. Barrée à trois reprises par des barricades composées de pavés et de mobilier, elle semble déserte. Sur un second cliché, pris du même endroit, des silhouettes ont envahi cette même rue…
Aujourd’hui, les photos sont partout et documentent notre quotidien… Dans la première moitié du dix-neuvième siècle, évidemment, c’était une autre paire de manches… puisque le procédé même du daguerréotype n’a été rendu public qu’en 1839, la première photo - avec la technique d’héliographie - datant de 1826 . Dès lors, ces deux - et même trois - photographies, conservées au Musée d’Orsay et au Musée Carnavalet à Paris revêtent un caractère exceptionnel : on dit souvent qu’elles correspondent aux premières photographies d’un reportage d’actualité.
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Ces photos ont été prises rue du Faubourg-du-Temple, lors des sanglantes journées de 1848, qui firent des milliers de morts dans la capitale. Quelques mois plus tôt, Louis-Philippe Ier a dû abdiquer . La Deuxième République s’installe, mais dès juin, l’assemblée libérale et conservatrice fait face à des manifestants qui militent pour une République plus sociale. Ils s’insurgent contre la fermeture des Ateliers nationaux. Nouvellement créés, ils fournissaient du travail aux ouvriers au chômage. Des affrontements ont lieu en cette fin juin. Les images, sans la foule, ont été capturées le 25 dans la matinée. La troisième, avec les silhouettes, des habitants et la troupe, le lendemain, après la prise des barricades par les forces du général républicain Lamoricière.
Mais qui a donc pris ces photos depuis le numéro 94 que l’on retrouvera dans le journal L’Illustration en juillet, sous forme de gravure sur bois, puisque l’on ne peut pas encore imprimer d’images photographiques ? Il s’agit de Charles-François Thibault, un négociant en assurances, par ailleurs auteur de plusieurs brevets, dont une échelle à incendie, répond Olivier Ihl dans un article des Études photographiques . Celui-ci a parmi ses relations Pierre-Ambroise Richebourg, un célèbre daguerréotypiste de l’époque. « Se procurer l’équipement nécessaire ne fut pas une chose difficile. Cela fait une dizaine d’années que des appareils complets sont disponibles chez la plupart des opticiens parisiens […] Fixer la vue qui s’offre des fenêtres est une pratique en plein essor, surtout depuis que les préparatifs se sont simplifiés, la pose ne nécessitant, elle, plus que quelques dizaines de secondes. » Les photos ont été réalisées depuis l’immeuble où il vivait.
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Quel était le but du photographe ? « Sa signification institutionnelle ne fait pas l’ombre d’un doute, reprend l’auteur.
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