« Lycéens en lutte : n’éteignons pas l’espérance »
Né le 21 septembre devant un établissement de Créteil pour dénoncer le manque criant de moyens de l’éducation nationale, le mouvement lycéen n’a cessé de gagner en ampleur. La jeunesse investit la rue et multiplie les revendications sociales.
Face à ces pulsions de vie, une partie de la classe politique oscille entre incompréhension et mépris, considérant ces blocus comme le caprice d’une jeunesse en perte de repères. Pourtant, à bien les écouter, ce ne sont pas les lycéens qui s’égarent, mais plutôt ceux qui s’obstinent à croire que le monde inégalitaire et brutal d’hier peut encore tenir.
Alors même que dans son immense majorité, le mouvement est pacifique et joyeux, le simple fait que des lycéens fassent usage de leur droit de manifester a suffi à faire sortir de leurs gonds les gardiens du temple. Une phrase lancée par un député de droite est la quintessence de cet état d’esprit : « Aux lycéens je leur dis de retourner travailler dur, parce que les petits copains en Chine ils travaillent dur. »
En somme : tais-toi et travaille dur, et tu auras le droit de parler quand tu seras grand. Aux revendications légitimes portées par la jeunesse, on oppose un sermon productiviste d’un autre temps.
Au nom de quoi fait-on la leçon à la jeunesse ? Notre monde va-t-il si bien ? Précisément non. Dans une société minée par le saccage du service public, le dépassement de sept limites planétaires et une obscène course à la marchandisation de la vie, sa voix contestataire n’a jamais été aussi nécessaire.
Ses pancartes sont éloquentes : « Nos classes débordent, nos emplois du temps aussi ! », « 35 degrés, 35 par classe, mais tranquille, le problème c’est le tel et le voile », « On a des privilèges, on veut les partager » . Derrière ce cri du cœur, une exigence vitale : une école digne et un avenir vivable.
Entre Parcoursup et des semaines éreintantes, l’institution scolaire se mue en machine à hiérarchiser les élèves pour les préparer à la compétition. Produire toujours plus, pour quoi faire ? C’est ce sens que questionnent les lycéens, et ce sursaut est porteur d’espérance.
Mais cet élan, il faudrait l’étouffer au plus vite. Les mêmes éditorialistes qui passent l’année entière à critiquer une jeunesse censée vivre rivée aux écrans réclament un prompt retour à l’ordre, par la force si nécessaire, dès qu’elle sort faire valoir ses droits.
La réaction est avant tout sécuritaire, puisqu’il n’y aurait rien à entendre, simplement une génération à mettre au pas. Au soir du 7 octobre, le ministère de l’Intérieur recensait déjà 6 547 interpellations, dont 87 % de mineurs. Voilà le rapport à la démocratie qu’on sert aux élèves : subissez la répression, et circulez.
Comme bien souvent lors des mouvements sociaux, une large partie des médias, aux mains de milliardaires, se focalise sur les poubelles en feu pour mieux éclipser les revendications.
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