Guerre en Ukraine : les drones russes traquent les civils, les "safaris humains" se multiplient
La vidéo d’un cycliste ukrainien ciblé par un drone posté vendredi par l’armée russe puis dépubliée a suscité un vif émoi en ligne. Ce n’est pourtant pas la première fois que les opérateurs de drones russes sont accusés de terroriser les civils ukrainiens en les prenant pour cible. Des “safaris humains” qualifiés de "crime contre l’humanité" par l’ONU.
Par : Sébastian SEIBT D’abord, il se fige, surpris. Puis ce jeune ukrainien essaie de reculer maladroitement sur son vélo pour échapper au drone russe qui l’a pris pour cible. Il n’y parviendra pas.
Sauf que ce cycliste ne portait visiblement aucune arme, était habillé en civil et ressemblait à n’importe quel jeune adulte se baladant à vélo sur une route de campagne. Le média russe indépendant Astra a d’ailleurs rapidement accusé l’armée russe de mensonge flagrant en faisant croire qu’il s’agissait d’un combattant ukrainien.
Cette vidéo a ensuite fait le tour des réseaux sociaux sur lesquels des voix influentes, comme l’opposant russe et ancien champion du monde d’échecs Garry Kasparov , l’ont partagée pour dénoncer la cruauté de l’armée russe.
Moins de 48 heures après l’avoir mise en ligne et des centaines de partages et de commentaires outrés par des internautes du monde entier, le 3e Corps d’armée russe a décidé de retirer la vidéo.
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Pourtant, ce n’est pas la première fois que des drones russes munis de charges explosives et guidés à distance ciblent des civils dans des régions proches du front. Les Ukrainiens ont même trouvé un terme pour désigner cette chasse à l’homme par drone interposé : le "safari humain".
"D’un côté, je me réjouis de voir l’opinion internationale s’intéresser plus sérieusement à cette pratique. De l’autre, ce n’est malheureusement pas nouveau et cela fait deux ans que l’armée russe y a recours pour terroriser la population", souligne Olga Tokariuk, spécialiste de l’Ukraine associée au Chatham House, un influent cercle de réflexion britannique.
Le "safari humain" mené par les opérateurs russes est apparu en juillet 2024 dans la région de Kherson , une ville sur la rive du Dniepr, dans le sud du pays. "Il y avait certes auparavant des incidents isolés de drones russes à courte portée qui ont tué des civils, mais à Kherson c’est devenu un phénomène plus coordonné", assure Will Kingston-Cox, spécialiste de la Russie et de la guerre en Ukraine à l'International Team for the Study of Security (ITSS) Verona.
À Kherson, les forces russes, installées sur la rive opposée du Dniepr, peuvent aisément frapper avec des drones à courte portée la population restée ou revenue en ville après sa libération par l’armée ukrainienne fin 2022.
Les nombreux témoignages recueillis, y compris par les Observateurs de France 24 , décrivent une atmosphère de peur constante d’être tué par un drone russe.
"Les gens ne sortent parfois plus que lorsque la météo est mauvaise car cela complique la tâche des opérateurs russes de drones à courte portée. Les automobilistes roulent le plus vite possible dans l’espoir de prendre ces drones de vitesse.
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