"Il n’y a pas d’IA rebelle par nature": le directeur de l’intelligence artificielle à Normale Sup' démonte les fantasmes et les scénarios apocalyptiques
Le monde de la recherche universitaire et des grandes écoles est un pilier auquel il est bon de se raccrocher quand la tempête fait rage. L’Ecole Normale Supérieure est une référence indiscutable dans ce paysage, et nous nous sommes tournés vers son directeur exécutif de l’IA pour mieux comprendre ce qui se joue actuellement, des laboratoire d'OpenAI à l'ONU... Les géants de l’IA occupent les gros titres de la presse et semblent emporter avec eux le monde entier dans une spirale anxiogène, au sein de laquelle il est difficile de faire la part des choses: entre marketing de la peur et réalité d’un débordement technologique devenu trop puissant pour ses créateurs.
Récemment, après que des modèles d’OpenAI ont réalisé des cyberattaques autant parce qu’ils étaient conçus et testés pour ça que parce qu’ils n’étaient pas du tout supervisés pendant ces phases de test, des vagues successives de prises de parole ont soufflé sur les braises d’une peur d’extinction civilisationnelle. L’IA en tueur de l’humanité, autrement dit.
Laurence Devillers, professeure et chercheuse en IA , présidente de la fondation Blaise Pascal, nous disait récemment, en substance, que le danger n’était pas tant une future domination des IA, mais les effets négatifs actuels qui submergent une société qui n’est pas préparée, pas formée à cette technologie aux potentiels positifs pourtant réels. Une société impréparée qui risque surtout de sacrifier sa jeunesse et d’oublier que l’essentiel est de penser, de conserver son esprit critique, de voir grand et loin.
Nous avons pu poser quelques questions à Laurent DAUDET, directeur exécutif de l'IA à l'Ecole normale supérieure (ENS) pour revenir aux fondamentaux, à l’essentiel, loin du bruit et de la fureur qui entourent l’IA actuellement, loin d’une actualité confuse et en surchauffe.
BFM Tech: Au moment d’annoncer son dernier modèle, OpenAI a déclaré que l’IA générale était là. Quel est l'état de l'art de l'IA actuellement? Peut-on vraiment déjà parler d'IA générale?
Laurent Daudet: Si les IA et notamment les IA génératives ont fait récemment des progrès impressionnants, on est encore très loin de quoi que ce soit qui pourrait s'apparenter à une "IA générale" - pour laquelle je n'ai d'ailleurs pas vu de définition convaincante de ce que cela pourrait signifier précisément. Les IA les plus performantes, dites "de frontière", ont des capacités incroyables dans des domaines comme les mathématiques ou le code informatique, qui ont comme caractéristique de se formaliser en terme de succès ou d'échec (résolution d'un problème mathématique, code qui effectue une tache donnée ... à la manière des jeux d'échecs ou de go où l'on gagne ou on perd une partie).
Pour l'immense majorité des domaines où ce qui est attendu est plus ouvert, les performances sont beaucoup plus variables.
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