"Il n’existe pas de thérapie pour une société" : Jeffrey Alexander (Yale) décrypte le traumatisme du 11 Septembre
Le paradoxe est cruel.
Alors que près de 30 % des Américains sont nés après les attentats du 11 Septembre , le souvenir de cette journée qui a frappé de plein fouet les Etats-Unis s'éloigne.
Pourtant, le pays continue de vivre dans le monde que ces attaques ont contribué à façonner : sécurité intérieure, surveillance, lutte antiterroriste, guerres au Moyen-Orient , bouleversements de la politique étrangère, etc.
Il y a vingt-cinq ans, les Américains donnaient au monde une leçon de résilience et d’unité.
Le Monde titrait alors : Nous sommes tous Américains .
Aujourd’hui, les Etats-Unis apparaissent profondément divisés sur le plan intérieur et davantage isolés sur la scène internationale.
Que reste-t-il de cet héritage et de la mémoire des 2 977 personnes tuées ce jour-là ? Une société peut-elle réellement surmonter un tel traumatisme ? Pour Jeffrey C.
Alexander, sociologue américain et professeur émérite à Yale, spécialiste des traumatismes collectifs, les fractures actuelles des Etats-Unis s’expliquent en partie par le sentiment de vulnérabilité installé par le 11 Septembre, puis aggravé par les guerres et les désillusions qui ont suivi.
Un traumatisme dont les répercussions, explique-t-il à L'Express, se font encore sentir jusque dans l’Amérique de Donald Trump .
Mais le coauteur de Cultural Trauma and Collective Identity (University of California, Press, 2004) en est persuadé : sous les fractures subsisterait encore un "réservoir de solidarité" capable, un jour, de ressouder le pays.
Entretien.
L’Express : En quoi la journée du 11 Septembre a-t-elle à jamais changé les Etats-Unis ? Jeffrey C.
Alexander : Cela a surtout rendu les Américains beaucoup plus conscients de leur vulnérabilité.
Ce fut un traumatisme collectif.
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