Christophe Bourseiller : "La France est historiquement le pays le plus rétif aux idées libertariennes"
Historien, écrivain et journaliste, Christophe Bourseiller publie « La saga des libertariens » (Cerf), ouvrage dans lequel il s'intéresse à une famille intellectuelle radicale, qui s'étend d'Ayn Rand à Elon Musk, et qui est en train de bouleverser le monde.
D epuis l’élection du président argentin Javier Milei , en décembre 2023, et plus encore depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le libertarianisme connaît un regain de visibilité. Longtemps cantonnée aux marges du débat politique, cette philosophie, qui place la liberté individuelle au cœur de son projet et prône une réduction drastique du rôle de l’État, est aujourd’hui défendue par plusieurs personnalités influentes de la droite américaine et de la tech, comme Elon Musk . Dans La saga des libertariens (Cerf), Christophe Bourseiller retrace l’histoire de ce courant idéologique et de ses grandes figures, notamment Ayn Rand et Murray Rothbard. Entretien.
Christophe Bourseiller : Les libertariens incarnent initialement un anarchisme de marge, né aux États-Unis au XIXe siècle. La pensée libertarienne apparaît comme la fusion progressive de deux courants intellectuels : d’un côté, l’anarchisme individualiste américain, attaché à la propriété privée, à l’échange marchand et incarné entre autres par Lysander Spooner ou Henry David Thoreau ; de l’autre un courant économique nommé l’école « autrichienne », dont les principaux tenants sont au XXe siècle Friedrich Hayek et Ludwig von Mises. Pour ces économistes, il existe un équilibre naturel du marché, à condition d’obéir aux règles de l’offre et de la demande sans tenter de les contrôler.
À lire aussi : Ils aiment beaucoup la dérégulation et (très) peu l'État : qui sont les libertariens français ?
En résumé : on voit se constituer outre-Atlantique un mélange unique d’anarchisme et de libéralisme extrême. La plupart des anarchistes luttent pour la révolution sociale et rêvent d’une société communiste. Mais les libertariens militent pour l’avènement d’un monde capitaliste débarrassé des règles étatiques. Il faut ainsi distinguer les libertaires qui luttent pour la révolution sociale et les libertariens qui défendent un capitalisme qu’aucun État ne saurait brider. Je précise qu’en anglais, on emploie indistinctement le mot « libertarian » pour désigner les uns et les autres. Mais en français, il est plus commode d’effectuer un distinguo entre les libertaires, de gauche, et les libertariens, de droite.
Les libertariens sont globalement des libéraux extrêmes. Mais ils se scindent effectivement en deux ensembles. Les « minarchistes » se veulent réalistes. Ils estiment qu’il faut un État minimum pour assurer les fonctions régaliennes de base, telles que la santé, les transports, ou la défense nationale. Pour les « anarcho-capitalistes », en revanche, il ne faut plus d’État du tout. Il s’agit en fin de compte de privatiser la totalité des services publics, de la police aux pompiers en passant par les tribunaux ou l’armée. Parmi les principaux « minarchistes » figurent Ayn Rand, Robert Nozick ou le président argentin Javier Milei.
5News a agrégé ce résumé depuis le flux public du média. L'article complet, avec tout le contexte, est sur www.marianne.net — le contenu appartient à Marianne.