"Personne n'a intérêt à ce que l'on perde le contrôle": l'ambassadeur de France au numérique estime qu'un consensus international peut aboutir sur l'IA, même minime
Discutée pour la première fois au Conseil de sécurité de l'ONU, la question de l'intelligence artificielle rend les relations entre les différentes puissances mondiales compliquées. Mais pour Adrien Abecassis, ambassadeur français chargé du numérique, un consensus est à portée de mains. Malgré les rivalités entre Washington, Pékin et les Européens, un consensus international minimal se dessine sur l'intelligence artificielle: personne ne souhaite voir émerger des modèles incontrôlables, estime Adrien Abecassis, ambassadeur français chargé du numérique et de l'IA.
Dans un entretien à l'AFP, il défend l'idée d'une gouvernance internationale permettant d'accompagner le développement rapide de cette technologie tout en limitant ses risques pour la sécurité.
"Le numérique devient un enjeu de puissance", dit-il. Et les IA sont "des technologies qui dépassent les frontières, par définition".
Les incidents survenus récemment ont servi d'alerte mondiale au point que la France avait convoqué mercredi une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies sur les risques posés par l'IA pour la sécurité mondiale, à laquelle les principaux patrons du secteur ont participé .
Cette réunion a été organisée après plusieurs incidents impliquant des systèmes d'intelligence artificielle avancés. Adrien Abecassis rappelle que certains modèles ont récemment adopté des comportements inattendus dans des environnements numériques, relançant les interrogations sur la capacité des entreprises et des pouvoirs publics à conserver le contrôle de technologies devenues toujours plus autonomes.
Pour la France, la question ne relève plus seulement de l'innovation économique mais aussi de la sécurité internationale.
Les technologies d'IA étant appelées à être de plus en plus utilisées dans des secteurs critiques, des infrastructures numériques à la recherche scientifique en passant par la défense, leur développement soulève désormais des enjeux de stabilité qui appellent une coopération accrue entre États.
Pour autant, l'objectif n'était pas d'appeler à freiner l'innovation. Il s'agit de réfléchir aux moyens de combler le retard dans la maîtrise des risques.
La bonne nouvelle, opine-t-il, c'est que contrairement à d'autres préoccupations géopolitiques, les grandes puissances partagent un intérêt commun fondamental, y compris les États-Unis qui s'opposent pour l'instant à toute forme de supervision supranationale.
"Personne n'a intérêt à ce que l'on perde le contrôle des modèles. C'est un intérêt collectif", dit-il. "Le principe que chaque pays doit pouvoir bénéficier de tout ce que l'IA peut apporter en maîtrisant les risques n'est pas contesté".
Et de résumer la philosophie française de régulation: "bien sûr il faut aller aussi vite qu'on peut dans le développement de la technologie, mais il ne faut pas aller plus vite que ce qu'on doit".
Selon lui, l'enjeu est de faire progresser simultanément les capacités des modèles et les mécanismes de contrôle permettant d'en prévenir les usages les plus risqués.
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