Coopératives agricoles : la course à l'agrandissement
Rapprochements et fusions restructurent le monde des coopératives agricoles, en créant de grands groupes pesant plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires.
On parle souvent des agriculteurs. Moins des coopératives agricoles. Peu connues du grand public, elles sont pourtant des acteurs majeurs de monde agricole. Elles représentent une marque alimentaire sur trois et 70 % de la production agricole françaises. Or ces entreprises créées, possédées et gérées collectivement par des agriculteurs ne cessent de grandir, jusqu’à devenir de grands groupes. Au risque de s’éloigner de leurs principes coopératifs.
Depuis quelques mois les fusions se multiplient au parmi ces acteurs du monde agricole. ll y a eu l’union de Terres du Sud installé dans le lot- et-Garonne et Vivadour dans le Gers pour former une seule coopérative. Laquelle représente désormais 9 000 agriculteurs adhérents et 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires.
Deux autres gros rapprochements sont en cours Celui des numéros 2 et 3 des producteurs français de foie gras, les groupes Euralis et Maïsadour, autorise en juillet par l’Autorité de la Concurrence. Ainsi que la fusion des coopératives Agrial et Terrena. Il est probable que vous n'ayez jamais entendu les noms de ces acteurs pourtant majeur du monde agricole. En revanche, les marques qu’ils représentent sont mieux connues. Par exemple, Agrial se sont les marques Florette, les produits laitiers Grand Fermage ou les cidres Loïc Raison. Terena, c’est Tipiak , Père Dodu ou La Nouvelle Agriculture. Ces deux coopératives regroupent 30 000 agriculteurs adhérents et presque autant de salariés)) En somme des dizaines de marques. Plus généralement, quelques chiffres permettent de comprendre pourquoi il est important de regarder les mouvements dans le monde des coopératives agricoles. Elles représentent 116 milliards de chiffre d’affaires, 45% du chiffre de l’agroalimentaire, 200 000 salariés. Et 3 agriculteurs sur 4 qui sont coopérateurs.
Or on assiste depuis quelques mois à une nouvelle vague de restructurations; même si c’est un mouvement historique de l’évolution des coopératives rappelle Maryline Filippi chercheuse associée à l'INRAE AgroParisTech.
Est-ce que cela ne les rend plus fortes et résistantes à l'heure où se multiplient les crises ?
C'est le pari en tout cas. Les coopératives mettent en avant plusieurs arguments. Les économies d’échelle- sur les assurances, diverses charges. Dans le contexte actuel de la hausse des prix cela peut représenter des sommes importantes. Autre but revendiqué : peser dans les discussions avec l'aval. C'est-à-dire les industriels et distributeurs. Ces grands groupes coopératifs mettent en avant la nécessité d’avoir une taille critique pour consolider les filières pour aussi faire des structures adaptées à l’export. Mais ce sont ces mêmes raisons qui inquiètent de nombreux agriculteurs. Ils y voient le risque de défendre les intérêts financiers de l’outil avant les agriculteurs eux-mêmes. Une course au l’agrandissement qui correspond à un certain type de modèle agricole dans lequel tous ne se reconnaissent pas.
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