Les entreprises qui veulent revenir sur le télétravail jouent‑elles contre leur camp ?
Par Caroline Diard, professeure associée, département Droit des affaires et ressources humaines auprès de TBS Éducation et Nicolas Dufour, professeur affilié, PSB Paris School of Business
L’année 2025 a été marquée par un tournant dans l’histoire du télétravail : l’annonce du « retour au bureau ». Cette annonce a été vite oubliée avec les épisodes de canicule, d’intempéries ou d’insécurité où le télétravail apparaît comme un moyen de protéger les salariés. Ainsi, pendant la canicule, dès le mois de juin 2026, les autorités, ont appelé les Franciliens à privilégier le télétravail lorsque cela est possible et à éviter les déplacements non indispensables.
Le télétravail apparaît comme une solution pour protéger certains salariés en cas de fortes chaleurs, voire d’insécurité.
Aux États-Unis, l’entreprise Deloitte a conditionné les bonus à la présence au bureau tandis qu’Amazon a échoué à imposer un retour en présentiel faute de locaux suffisants.
En France, c’est dès octobre 2024 que les salariés d’Ubisoft ouvrent la marche et mènent une grève historique contre la réduction du télétravail, révélant les crispations autour de cette modalité d’organisation du travail. À la Société générale, une contestation similaire a éclaté en juillet 2025. Le battage médiatique est alors immense.
En 2026, c’est au tour d’Airbus de faire le buzz avec la volonté de la direction d’imposer quatre jours sur site.
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Derrière ce qui est présenté comme un retour en arrière et a été très médiatisé se cachent vraisemblablement un débat idéologique et des intérêts divergents, des difficultés managériales ou des velléités de contrôle. Mais, au-delà de ce bruit médiatique, que disent les chiffres officiels ?
En 2025, seulement 10 % des entreprises ont réduit les jours autorisés en télétravail, selon une étude menée par l’Association pour l’emploi des cadres (Apec). Cette enquête montre que les entreprises dressent un bilan positif du télétravail. Ainsi, 74 % des cadres indiquent qu’ils seraient mécontents en cas de réduction du nombre de jours de télétravail. La proportion monte à 80 % dans l’hypothèse d’une suppression. Près de la moitié d’entre eux envisagerait même de changer d’entreprise ! Une tendance confirmée par l’Observatoire UGICT-CGT dans une étude de 2025 avec un répondant sur deux prêt à démissionner en cas de suppression du télétravail !
Ces chiffres ne vont donc pas dans le sens des annonces de « retour au bureau » généralisé. Il paraît très paradoxal de réduire le télétravail, alors même que cela pourrait produire des démissions, un déficit d’attractivité et une baisse de motivation.
Tous ces paradoxes nous ont conduits à un questionnement : le télétravail est-il devenu un mode d’organisation incontournable et un outil de rétribution pour les salariés ?
C’est sur le constat de ce paradoxe que nous avons envisagé de rencontrer à travers trois entretiens qualitatifs semi-directifs des acteurs qui ont vécu l’évolution du télétravail dans leurs organisations respectives. Ces regards croisés ont permis d’échanger sur quatre thèmes dont la rétribution.
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