TÉMOIGNAGES. « Dès 2004, il rêvait d’entraîner la France » : comment Zidane a progressivement construit sa vocation
En trois décennies avec l’équipe de France, Philippe Tournon a croisé la route de 353 joueurs . S’il y en avait bien un que je ne voyais pas se lancer dans le métier d’entraîneur, c’est Zidane… , souffle l’ex-attaché de presse de l’équipe de France (1983-2004, 2010-2018), qui se souvient d’un garçon légaliste et réservé, qui marchait tête baissée, le regard en coin, jamais un mot plus haut que l’autre .
En embrassant cette nouvelle carrière, « Zizou » en a surpris plus d’un. À commencer par lui-même ? En 1999 puis en 2005, il assure respectivement à l’écrivain Dan Franck, qui a écrit un livre avec lui ( Zidane, le roman d’une victoire , 1999), et au journaliste Frédéric Hermel, correspondant à Madrid, ne pas se voir entraîneur à l’issue de sa carrière.
Dans le cadre privé, le constat est à nuancer. Il a toujours eu cette fibre, mais ne l’exprimait pas », pense Henri Emile, intendant des Bleus (1980-2004). François Blaquart, qui a connu Zidane dès ses premiers pas internationaux, avant de partager de nouveau son vestiaire dans les ultimes années de sa carrière, soutient que ce dernier lui a confié son rêve d’entraîner la France dès 2004 . Preuve que cette vocation est, dès sa genèse, teintée de bleu. Mais qu’elle est, aussi et surtout, le fruit d’une longue et progressive maturation.
Il a fallu changer de décennie pour que le rêve se concrétise en objectif. Après la fin de sa carrière, en 2006, Zidane a besoin de souffler. Il reste auprès de sa famille, à Madrid, tout en sillonnant le globe, entre actions caritatives et collaborations avec ses sponsors, sans oublier un rôle de consultant sur Canal+, et au cinéma (Numérodix, dans Astérix aux Jeux olympiques ). À partir de 2009, il se rapproche du ballon rond, avec différents rôles : conseiller du président au Real Madrid, actionnaire symbolique d’Evian Thonon Gaillard, soutien de la candidature de la France à l’organisation de l’Euro 2016, ambassadeur de celle du Qatar à la Coupe du monde 2022.
L’été 2011 marque un premier tournant. Le 7 juillet, il est nommé « directeur du football » au Real Madrid, un rôle bien plus opérationnel. L’une de ses premières actions concrètes est de convaincre Raphaël Varane, qui filtre involontairement ses appels en pleine révision de son bac, de rejoindre le club merengue. En parallèle, Zidane s’inscrit à une formation de manager général de club sportif au Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges, une référence dans le milieu. Il acte qu’il va rester dans le foot, mais ne sait pas encore où », estime le journaliste Vincent Alix, qui le suit à l’époque pour un documentaire sur Canal+, intitulé « Zidane, nouvelle vie ».
L’idée lui a été soufflée par François Blaquart et Henri Emile, qui travaillaient alors à la Fédération. Quelques mois avant, Zinédine m’a appelé pour me dire son envie de revenir dans le foot, explique Blaquart, DTN de 2010 à 2017. Avec Henri, on a pensé à Limoges, une formation très globale et concrète.
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