« Je n’ai rien de plus précieux » : chez Philippe Jaenada, maître de l’enquête littéraire et adepte des microtraditions
L’heure, c’est l’heure. Mais bon, avec deux minutes d’avance, on ne devrait pas s’attirer les foudres du maître de maison. Car sous ses airs débonnaires, voire nonchalants, Philippe Jaenada ne badine pas avec le temps. Pour en disposer à foison, comme nombre d’écrivains, il s’est forgé un ordre du jour des plus stricts, fait de routines et de microtraditions. D’où les nombreux cadrans parsemés dans son appartement parisien du 10e arrondissement, entre la petite montre offerte par son fils Ernest qui ne le quitte jamais, et le réveil, cadeau de son père. Soixante-dix mètres carrés, parquet au sol, quatre pièces (de taille modeste, donc), une salle de bains et une cuisine exiguës : c’est dans cet univers rassurant, bercé par les cris de la cour de récréation de la maternelle d’en face, que l’auteur de La Serpe, prix Femina 2017, passe, calfeutré, la majeure partie de ses journées depuis 2003 et qu’il a pondu la quasi-totalité de son œuvre, jusqu’à cette formidable et imposante Inconnue du quai de Javel, son nouveau roman, contre-enquête minutieuse sur le meurtre non élucidé d’une jolie jeune femme de 29 ans, modèle de peintre, dans la nuit du 6 au 7 septembre 1949.
Mais revenons à la « roulotte » du couple, une appellation utilisée dans un article par notre regrettée consœur Sandra Benedetti et que les Jaenada ont adoptée. Une roulotte rassurante, on l’a dit, et composée de bric et de broc : pas un centimètre carré de libre sur les murs tapissés de dessins, d’affiches et de photos, ni sur les meubles, encombrés d’objets les plus divers et qui ne doivent jamais changer de place, selon les desiderata d’Anne-Catherine (Mme Fath), la « Mme Maigret » de notre écrivain que ses lecteurs connaissent bien – on a, au passage, une pensée pour la femme de ménage.
Ici, chacun a son antre. L’ancienne chambre d’Ernest, transformée en atelier de dessin, pour Anne-Catherine, et un bureau-bibliothèque pour notre fan de David Goodis et de Colombo. Tout y est, comment dire, « chargé » . Babioles, reliques, livres… On n’en fera pas l’inventaire, sauf à y consacrer la rubrique entière. On notera cependant le lit une place sur lequel Philippe Jaenada venait s’allonger au petit matin lorsqu’il écrivait la nuit – il a passé l’âge, nous dit-il –, aujourd’hui encombré, entre autres, par les livres reçus en tant que président du jury du prix Stanislas du premier roman. Dorénavant, il siège de 10 heures à 17 h 45 derrière son ordinateur, heure à laquelle il file une première fois dans son « annexe » , le Bistrot Lafayette, situé à une centaine de mètres – il y a aussi SON tabouret de bar ( « nul n’est autorisé à s’y asseoir » , nous affirme-t-il) et s’y fait livrer son courrier. Il y reste une heure à déguster deux « Jaenada’s » (deux doses et demie de Glenmorangie) puis il remonte s’occuper de ses mails durant une heure avant de revenir au bistrot une heure durant. Un homme d’ordre et de principes, on vous dit !
En évidence aussi, dans sa caverne, un vélo d’appartement (peu facile d’accès et, on le subodore,...
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