Photographie, objectif patrimoine : Photographier le patrimoine, figé pour l’éternité
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L’invention de la photographie au 19ᵉ siècle, et ses rapides progrès techniques, coïncident avec une prise de conscience patrimoniale. La photographie est alors mise au service de la documentation et de la préservation du patrimoine.
Historienne de la photographie, conservatrice, responsable du département photographies du Musée Carnavalet
Au 19ᵉ siècle, l’invention de la photographie coïncide avec l’émergence d’une conscience patrimoniale en France. En effet, les destructions de la Révolution française et la découverte de monuments en ruines suscitent la peur de voir des édifices qui incarnent l’histoire de France disparaître. Le texte "Guerre aux démolisseurs" de Victor Hugo, paru en mars 1832, renforce l'idée qu'il faut sauvegarder ces monuments. Alors que les institutions, comme la Commission des monuments historiques, s’emparent de la question, la photographie apparaît comme un outil efficace de documentation et de conservation du patrimoine.
En 1851, la mission héliographique, première commande publique française de la Commission des monuments historiques, envoie cinq photographes pour inventorier, sous forme d’images, une partie du patrimoine national. La photographie est reconnue par l’État comme un moyen technique rapide et précis pour préparer les restaurations des monuments historiques dont la Commission a la charge.
En parallèle, Paris, berceau de la photographie, joue un rôle pionnier dans l'institutionnalisation de la photographie comme outil de conservation. Dès 1839, Louis Daguerre y réalise ses premiers daguerréotypes et capture les grands monuments parisiens et la Seine. Dans les années 1850, la municipalité commande des vues avant les transformations haussmanniennes, notamment auprès de Charles Marville. En 1898, la Commission du Vieux Paris systématise la collecte de photographies avec l’ambition de documenter tout le Vieux Paris. En vingt ans, elle acquiert près de 2000 clichés, des grands monuments aux ruelles et bâtiments à l’architecture ordinaire, pour documenter, conserver et encourager l'étude de l’histoire de Paris.
La photographie ne se contente pas de documenter le patrimoine, elle le construit. Les cathédrales gothiques et les châteaux médiévaux ne sont pas choisis par hasard lors de la mission héliographique, puisqu’ils incarnent ce qui est considéré comme patrimoine au 19ᵉ siècle. La notion, en constante évolution, s’ouvre à l’architecture ordinaire et populaire avec les clichés de la Commission du Vieux Paris. La photographie agit ainsi comme un miroir du patrimoine tel qu'il est perçu par la société du 19ᵉ siècle.
Anne de Mondenard est conservatrice générale du patrimoine, responsable du département photographies et images numériques au musée Carnavalet – Histoire de Paris.
Olga Lemagnen est historienne de la photographie, enseignante-chercheuse à l’École Normale Supérieure.
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