Dans "Fjord", Palme d'Or 2026, Cristian Mungiu dénonce les dangers de la polarisation à travers l'histoire d'une famille roumaine chrétienne intégriste exilée en Norvège
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Article rédigé par Laurence Houot France Télévisions - Rédaction Culture Publié le 16/08/2026 06:00 Temps de lecture : 3min Le réalisateur roumain signe un film engagé, porté par Renate Reinsve et Sebastian Stan
Un peu plus de vingt ans après avoir décroché la Palme d'or avec son deuxième film, 4 mois, 3 semaines, 2 jours, Cristian Mungiu a remporté pour la deuxième fois la plus haute distinction cannoise en 2026 avec Fjord , la chronique d'une famille roumaine, chrétienne intégriste, qui s'installe dans un village de Norvège. Le film sort dans les salles mercredi 19 août.
Lisbet (Renate Reinsve) est norvégienne, Mihai (Sebastian Stan), son mari, est roumain, le couple Gheorghiu débarque dans un petit village de Norvège, au bord d'un fjord, avec ses cinq enfants. Chrétiens très pieux, voire intégristes, ils élèvent leurs enfants avec rigueur dans les préceptes de la Bible.
La famille fait la connaissance des voisins, les deux aînés se lient d'amitié avec leur fille, une adolescente délurée. Peu de temps après leur installation, les professeurs de l'école des enfants constatent des ecchymoses sur le corps d'Elia, l'aînée des enfants Gheorghiu. En attendant la fin de l'enquête, l'aide sociale à l'enfance décide le placement des enfants.
Cristian Mungiu, chroniqueur de son pays, sonde cette fois la vie d'un couple mixte et de leur famille, exilés en Norvège. Alors qu'il avait pointé dans R.M.N. la xénophobie ordinaire en Roumanie , il met cette fois en scène, à travers l'histoire de cette famille, la confrontation entre deux systèmes de valeur, entre deux visions de l'éducation, entre la tradition et le "progrès". Alors que les enfants sont retirés de la famille pour suspicion de maltraitance, le couple se retrouve sous l'œil inquisiteur d'une communauté norvégienne heurtée par leurs convictions et leur mode de vie et d'éducation.
À charge contre la famille chrétienne aux principes rigoristes dans sa première partie, le film bascule peu à peu vers un point de vue moins tranché, au fur et à mesure que l'intolérance, voire le racisme de la communauté norvégienne se fait jour. Dans cette Norvège "progressiste", l'arrivée de cette famille provoque des comportements dignes de l'inquisition. Cette communauté qui prône la liberté et la tolérance trouve très vite ses limites quand il s'agit d'accueillir un système de valeurs étranger au sien. L'arrivée au village d'un groupe de chrétiens extrémistes venus de Roumanie pour soutenir les Gheorghiu exacerbe encore davantage les tensions.
Le film renvoie ainsi dos à dos deux systèmes de valeurs, portés par des communautés aussi intolérantes l'une que l'autre. Ce drame est révélateur d'une polarisation grandissante, à l'œuvre dans les sociétés occidentales, entre les idées conservatrices d'un côté et les idées progressistes de l'autre. Une polarisation qui conduit, comme on le voit dans le film, à l'ignorance et à la haine, avec en première ligne pour payer, des enfants qui n'ont rien demandé.
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