L’inusable modernité de Pierre Michon
Il y a quelques semaines, j’ai offert Vies minuscules à quelqu’un pour son anniversaire.
C’est un cadeau somptueux que je fais souvent.
L’avantage des chefs-d’œuvre de la littérature est d’être financièrement plus accessibles que ceux de Vélasquez.
Au cours de la période qui suit l’auguste présent, la réaction du néophyte, s’il n’a encore jamais lu Michon, est variable.
On entend parfois : « J’ignorais que des écrivains vivants fussent capables de tant de beauté.
C’est sublime. » D’autres fois : « Je me suis arrêté page 15, je ne comprenais pas tout. » Ou bien c’est un entre-deux : « C’est magnifique mais exigeant, j’avance à mon rythme. » ; « La langue est belle, mais pourquoi raconte-t-il ces vies-là, qui pour certaines n’ont aucun intérêt. » ; etc.
De même, devant une nature morte de Chardin, certains reconnaissent la virtuosité du peintre tout en demeurant circonspects quant à ces trois pommes et cette timbale d’argent.
Quel intérêt ? diront-ils.
On a tort, bien sûr, de dénier à ces pommes un « intérêt » : on passe à côté de Chardin.
Il est naïf de croire que la forme, en art, serait dissociable du fond.
Comme l’être humain est corps et âme tout en étant un, l’œuvre d’art – qui est fille du corps autant que de l’âme –, est une.
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