La voiture électrique décolle même dans le pays où l’éthanol est roi
Quand j’ai annoncé que je partais quelques jours au Brésil, tout le monde m’imaginait en maillot sur la plage de Copacabana à siroter une caïpirinha. La réalité n’était pas aussi idyllique. Curitiba, la capitale du Paraná, n’a rien d’une carte postale tropicale. Avec sa météo maussade, la ville ressemble davantage à un Londres brésilien.
Mais je n’ai pas traversé l’équateur pour faire du tourisme. J’ai été invitée par Renault pour visiter le complexe industriel Ayrton Senna et fêter le renforcement de son alliance avec le chinois Geely . J’en ai profité pour observer la façon dont le pays adopte la voiture électrique et pour discuter avec des responsables locaux de Renault. Autant vous dire que tout ceci s’est avéré particulièrement intéressant.
Il faut d’abord poser le décor : avec près de 2,5 millions d’immatriculations en 2025, le Brésil est le sixième marché automobile mondial. Le pays vit depuis des décennies au rythme du flex-fuel et de l’éthanol de canne à sucre, considéré à l’échelle locale comme une solution tout aussi vertueuse que l’électrique en matière d’émissions de CO2 sur l’ensemble du cycle de vie.
Et pourtant, contre toute attente, les véhicules électriques sont en train de chambouler tout cela. Ils ont déjà atteint 7,6 % des immatriculations durant les 8 premiers mois de 2026, soit une progression de 218 % par rapport à la même période en 2025. Cela place le Brésil, à peu de chose près, au même niveau que l’Italie.
C’est même une part de marché de plus de 10 % qui a été enregistrée au seul mois d’août 2026. Et ça, ni les analystes ni les constructeurs implantés depuis longtemps dans le pays, comme Renault, ne l’avaient vu venir de leur propre aveu. D’autant plus que ces véhicules électriques sont très largement ceux de constructeurs chinois.
Il suffit de circuler dans la ville de Curitiba pour en voir l’illustration. Au milieu des véhicules thermiques, les BYD Dolphin et Dolphin Mini (notre Dolphin Surf européenne) se démarquent immédiatement, y compris par leur nombre. C’est cette catégorie de véhicules (du segment A et B) qui booste la motorisation.
Dépourvu de constructeur national, le Brésil n’a aucun patriotisme de marque. L’acheteur cherche le meilleur rapport prix-prestations sans le moindre a priori culturel. Et sur ce terrain, les marques chinoises ont bien sûr une longueur d’avance, et pas que BYD.
Même les marchés oubliés vont plus vite que nous sur la voiture électrique L’alliance entre Renault et Geely prend alors son sens Face à cette poussée asiatique, les autorités ont progressivement relevé les droits de douane sur les véhicules électrifiés à partir de 2024. Depuis juillet, les véhicules importés sont taxés à 35 %. La réponse des groupes chinois ne s’est pas fait attendre : plutôt que de subir les droits de douane, ils projettent de construire des usines ou ont commencé à assembler des kits en pièces détachées directement sur place. Une impression de déjà-vu ?
Les acteurs historiques européens, américains, japonais ou coréens, très fortement implantés au Brésil sont encore englués dans le tout-thermique. Ils accusent le coup. C’est à ce niveau-là que les alliances prennent tout leur sens.
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