Ils veulent fabriquer un soleil miniature: de Sam Altman à Jeff Bezos, pourquoi les géants de l'IA investissent des milliards dans la fusion nucléaire (alors qu'il n'existe pas une seule centrale fonctionnelle)
Face aux besoins énergétiques colossaux de l'intelligence artificielle, les géants de la Silicon Valley investissent massivement dans la fusion nucléaire. Si des entreprises comme OpenAI, Google ou Microsoft concluent des accords avec des start-ups en espérant un approvisionnement en énergie décarbonée dès 2030, le chemin est long avant le déploiement massif de cette technologie. Sam Altman veut créer un soleil miniature dans une boîte. Le patron d’OpenAI espère que son entreprise, pionnière de l’intelligence artificielle (IA), sera l’une des premières à bénéficier de l’énergie produite grâce à l’une des innovations les plus ambitieuses de notre siècle: la fusion nucléaire.
Encore à l’état de développement, cette technologie tente de reproduire une réaction observée sur notre étoile jaune. À l’inverse de la fission d’atomes lourds à l’œuvre dans nos réacteurs nucléaires, la fusion consiste à assembler des particules légères pour générer un plasma semblable à celui que produisent les étoiles. Recréer ce gaz extrêmement chaud et chargé électriquement sur Terre est un défi d'ingénierie colossal sur lequel turbinent les scientifiques depuis le milieu du XXᵉ siècle.
Le chef d’entreprise ne tarit pas d'éloges sur cette technologie. "Si tout se déroule comme prévu, nous pourrions trouver une solution à la crise climatique", écrivait-il modestement sur son blog en 2021, tout juste un an avant le lancement de ChatGPT, le chatbot qui inaugurera l’ère de l’IA générative auprès du grand public. Altman venait alors d’investir 375 millions de dollars dans Helion Energy, l’une des jeunes pousses les plus en pointe du secteur. D’après le Wall Street Journal , il aurait profité d’une négociation autour d’un investissement de SoftBank à 40 milliards de dollars chez OpenAI pour convaincre le géant japonais d’investir dans le jeune laboratoire. Ce dernier s’est engagé à fournir en simultané jusqu'à 50 gigawatts de débit d'électricité à la firme d’IA d’ici 2035. C’est plus de la moitié de la puissance électrique distribuée en France, au cours d’un pic de consommation hivernal.
Désormais valorisée à 15 milliards de dollars, la startup assure pouvoir mettre sur pied un réacteur à fusion avant 2030. Et son ascension doit beaucoup à Sam Altman, qui, dès 2015, avait placé 9.5 millions de dollars dans ce projet. Y Combinator , l’influent incubateur de jeunes boîtes de San Francisco qu’il dirigeait alors, avait également placé quelques billes, aux côtés du sulfureux entrepreneur de la tech Peter Thiel .
Des placements dans la pure tradition des "moonshots" propres à la Silicon Valley, du nom de ces paris à haut risque placés sur des projets aux rendements prometteurs. Le genre d’investissement qui a permis à Facebook en son temps, et désormais à OpenAI et sa concurrente Anthropic, de rejoindre le cercle des entreprises les plus puissantes de la planète.
Et Helion n’est pas la seule. Largement financée par Bill Gates et Nvidia, Commonwealth Fusion Systems a déjà annoncé la construction d'une centrale commerciale et un accord avec Google pour lui fournir un débit de 200 mégawatts quand elle sera en capacité de le faire.
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