Décryptage. Carburants, produits alimentaires… comment la flambée des prix transforme la vie des Français
L’envolée des prix de l’énergie, depuis le début du conflit au Moyen-Orient, oblige à des arbitrages drastiques au quotidien. Décryptage.
Kevin, étudiant à Toulouse, renonce à rentrer chez ses parents le week-end. Nicolas, charpentier en Charente, décline des chantiers pour éviter d’accepter un travail « qui ne rapporterait pas grand-chose » à cause du coût du trajet. Les prix des carburants brident le moteur du quotidien des Français, notait la Fondation Jean-Jaurès à la fin de l’été (*). Au cours des derniers mois, 47 % des automobilistes ont ainsi renoncé au moins une fois à rendre visite à un proche (famille, amis) en raison de la hausse des prix des carburants. Une proportion identique - 54 % (dont 28 % plusieurs fois ou souvent) - a renoncé pour les mêmes raisons au moins une fois à une sortie de loisirs (restaurant, cinéma, café, spectacle…). Pour deux tiers des sondés, il devient trop cher d’aller travailler, selon l’étude.
La nouvelle flambée des prix des carburants en ce mois de septembre renforce ce sentiment de renoncement, et attise une sourde colère sociale. « Après l’été de l’enfer, c’est la rentrée de l’angoisse et du déclassement. Ce n’est plus tenable », résume Sophie Binet , secrétaire générale de la CGT. « Le gouvernement doit prendre des mesures urgentes », a-t-elle déclaré mercredi devant l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis). Le syndicat a écrit à Matignon pour demander une table ronde sur le pouvoir d’achat, et un blocage de prix sur le carburant et l’alimentaire. Emmanuel Macron demande, lui, au gouvernement une « totale mobilisation » sur les prix et l’approvisionnement . Le Premier minister Sébastien Lecornu a demandé à ses ministres de « prolonger » les aides ciblées jusqu'au 31 décembre .
Les prix à la pompe, et les premières répercussions en rayon sur les fruits et légumes liées à la sécheresse de cet été, ont déjà conduit une partie des Français à changer leurs habitudes de consommation. « Ils sont très réactifs aux évolutions de prix, parce qu’elles arrivent après des périodes chahutées, notamment celle de l'inflation de 2022-2023 », explique Franck Lehuede, directeur d’études au Crédoc. « Ils vont privilégier l’achat stratégique, en regardant les promotions, en limitant les trajets. Très clairement, les gens vont faire attention à leurs déplacements, faire plus de choses en un seul déplacement, éviter de prendre la voiture si c’est possible. Ils privilégient également les marques distributeur. Depuis 2022-2023, ces dernières se sont développées pour atteindre aujourd’hui 35 % du chiffre d’affaires des produits de grande consommation contre environ 15 % en 2000 », observe-t-il.
Avec la crise énergétique des derniers mois, se rabattre sur des produits moins chers ne suffit plus toujours. « Une partie des Français renoue avec la "sobriété contrainte", à savoir qu’ils renoncent à certaines activités, devenues trop chères. Les loisirs sont une variable d’ajustement, notamment les sorties au restaurant, les spectacles, tout comme le budget vêtements », observe Franck Lehuede. Et les modes de consommation évoluent, « en se tournant vers les achats d’occasion ou vers la réparation ».
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