Face aux tentatives de départ d’exilés : autour de Calais, des aires d’autoroutes fermées depuis une décennie
Sur l’autoroute A26, entre Reims (Marne) et Calais (Pas-de-Calais), mieux vaut ne pas avoir une envie trop pressante. Sur la dernière centaine de kilomètres en direction du littoral, une seule aire de service est ouverte. Les quatre autres aires de repos ou parking de péage sont interdits d’accès.
Et ce n’est pas pour des travaux d’amélioration ou de confort… puisque pour la plupart, cela fait presque une décennie que cela dure ! En 2017, pour enrayer la mécanique des départs d’exilés grimpant dans les poids lourds stationnés, les préfectures nordistes ont décidé de rendre inaccessibles plusieurs aires du réseau autoroutier menant à Calais, à l’instar d’une poignée de parkings autoroutiers déjà bouclés, les années précédentes, à proximité du port de la Manche. D’autres aires, de service, c’est-à-dire délivrant du carburant, ont été, elles, interdites au stationnement des poids lourds. À de rares exceptions près, les arrêtés ont été prolongés, le provisoire est devenu pérenne, et d’autres aires ont même été interdites depuis. En ce mois de septembre 2026, dix parkings sont intégralement ou partiellement inaccessibles sur les autoroutes A16, A26 et A25.
Si la majeure partie des exilés tente, désormais, sa chance avec des bateaux de fortune, il y a toujours des passages par camion. Les transporteurs notent même une recrudescence des tentatives ces derniers mois. Sur les aires encore ouvertes, il n’est pas rare d’apercevoir des ombres surgissant des champs ou d’un bois pour tenter de grimper dans un semi-remorque. Fin août, deux hommes ont sauté du toit d’un péage sur un poids lourd. L’un d’eux, tombé sur la route, est décédé. Dans ce contexte, les mesures ne devraient pas être levées de sitôt.
Pour les professionnels du transport routier, qui doivent effectuer des arrêts réglementaires, ces fermetures restent difficiles à avaler : « Avec le recul, c’était un aveu de faiblesse. Nous estimons que l’État devrait assurer la sécurité de nos véhicules et de nos conducteurs sur les aires d’autoroutes, note Sébastien Rivéra, secrétaire général de la Fédération nationale des transports routiers dans le Pas-de-Calais. C’est finalement aux entreprises de transports de trouver des parkings sécurisés payants ». Mais aussi aux entreprises régionales de se sécuriser, ajoute-t-il, puisque des exilés cherchent directement les adresses des transporteurs se rendant en Angleterre.
Depuis le printemps, le paysage autoroutier nordiste a légèrement évolué. Les poids lourds peuvent s’arrêter sur un nouveau parking sécurisé, sur l’aire de Saint-Hilaire-Cottes, la seule qui restait ouverte sur l’A26 entre le bassin minier et Calais. L’investissement, qui a coûté 8,5 millions d’euros, a été initié en 2019 à la fois dans le contexte de la crise migratoire, mais aussi du vol de fret ou de carburant , confie Vincent Fanguet, directeur de l’exploitation et de l’expérience client à la Sanef. Prix du stationnement : 30 € les 24 heures. Et un effet dissuasif pour les exilés, note-t-on sur place.
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