Des forêts et des hommes : En Suède, les Samis dépossédés
Pilier de l'économie suédoise, l'industrie sylvicole suédoise a transformé en profondeur la forêt boréale. Entre coupes rases et monocultures, les grands groupes menacent les modes de subsistance des rennes, et avec eux la culture des Samis, dernier peuple autochtone d'Europe.
Éco-anthropologue, maître de conférences à AgroParisTech rattaché au laboratoire PALOC
Ce sont des chemins forestiers séculaires, tracés à coups de sabots par les rennes qui les foulent à chaque transhumance. Des sentiers qui serpentent dans les forêts boréales, où ces bêtes viennent brouter le lichen, champignon gris-vert qui tapisse ces bois du nord de la Suède et qui constitue la base de leur alimentation. Pour les Samis, dernier peuple autochtone d'Europe, dont le mode de vie est structuré autour de l'élevage de rennes, ces sentiers forestiers sont des artères, ils irriguent les territoires et structurent leurs déplacements.
Depuis plusieurs décennies, sous l’impulsion de l’État suédois qui en fait un vecteur de croissance, les industries sylvicole, hydroélectrique et aujourd’hui minière se sont lancées dans une ruée sur la forêt boréale pour en exploiter le bois, mais aussi les rivières et les sous-sols. Cette ruée en bouleverse les équilibres : les routes morcellent le territoire et coupent les sentiers de transhumance tandis que les monocultures de pins ou d’épicéas ont remplacé les forêts d’autrefois, sans pouvoir fournir aux rennes le lichen dont ils ont besoin. Face à cette exploitation à grande échelle du Sápmi, leur territoire, les Samis luttent pour leurs droits au sein des instances consultatives où ils se sont fait une place, et dans les concessions forestières en s'opposant aux coupes rases.
Comment la Suède a-t-elle développé une industrie forestière aussi florissante ? Quel impact ce secteur a-t-il sur l’état de la forêt et sur le mode de vie des populations qui l'habitent, en tout premier lieu les Samis ? Quelle place les Samis parviennent-ils à occuper dans le débat public suédois, et quel rapport de force entretiennent-ils avec l'État et les entreprises qui exploitent le bois, les sous-sols et les rivières ?
Avec Marianne Kerfriden , journaliste indépendante, coautrice du documentaire "Ikea, seigneur des forêts".
Au-delà de son industrie sylvicole, la Suède est également un acteur important de la déforestation importée. Sa plus célèbre entreprise, Ikea, n’hésite pas à exploiter le bois polonais, roumain ou brésilien pour satisfaire ses besoins, à la hauteur de son succès commercial : elle consomme vingt millions de mètres cubes de bois par an, soit un arbre toutes les deux secondes.
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