« L’accord Meta est peut-être le début de la fin de l’impunité des plateformes »
Menacée d’une amende de 200 milliards de dollars, Meta, la maison mère des réseaux sociaux Instagram et Facebook, a conclu mercredi 26 août un accord à l’amiable avec la justice des États-Unis. Le groupe s’est engagé à payer jusqu’à 18 milliards de dollars et à mieux protéger les mineurs.
Ce montant a frappé les esprits. Mais l’essentiel se trouve dans le contenu de l’accord : pour protéger les adolescents, Facebook et Instagram devront modifier plusieurs mécanismes conçus pour prolonger leur présence en ligne. Est-ce la fin de l’impunité ?
Pour comprendre ce qui se joue, il faut regarder ce que font réellement ces plateformes. Une vidéo sur la beauté ou le sport peut entraîner une succession de contenus sur les corps idéaux, les filtres, la virilité ou la domination. Les réseaux sociaux ne sont donc pas seulement des espaces de publication : ils organisent ce que nous voyons, le temps que nous y passons avec un objectif final de consommation.
C’est cette architecture que le droit commence à accepter de regarder. Meta accepte de limiter par défaut l’usage des adolescents américains à deux heures par jour, de bloquer certaines fonctionnalités la nuit, de mettre les notifications en sourdine pendant les heures scolaires et de masquer les compteurs de likes. L’entreprise nie les accusations et ne reconnaît aucune responsabilité, mais elle accepte de modifier par défaut des fonctions conçues pour prolonger la durée d’utilisation des utilisateurs.
Cet accord n’arrive pas dans le vide. En mars, un jury du Nouveau-Mexique a imposé à Meta 375 millions de dollars de pénalités pour 75 000 violations de la loi locale. En août, un juge a ajouté 567 millions de dollars destinés à la réparation et à la prévention. À Los Angeles, un autre jury a reconnu Meta et Google négligents dans la conception de leurs plateformes.
Ces procédures déplacent le débat. Une plateforme ne peut plus être interrogée uniquement sur les contenus publiés par ses utilisateurs. Elle doit aussi répondre de la façon dont elle les sélectionne, les recommande et les rend difficiles à quitter. La responsabilité concerne désormais aussi l’architecture des plateformes.
Cette évolution juridique ne constitue pas, à elle seule, une démonstration scientifique. Deux heures de surf sur les réseaux sociaux ne sont pas une frontière magique entre un usage sain et un usage pathologique : les effets varient selon les contenus, les interactions, le moment de la journée et la situation de chaque adolescent. Une conversation en ligne avec des amis n’a pas le même impact qu’une heure de vidéos regardées automatiquement au milieu de la nuit.
Cette complexité ne doit pourtant pas devenir une excuse pour ne rien faire. D’après l’Organisation mondiale de la santé, 11 % des adolescents interrogés en 2022 déclaraient un usage problématique des réseaux sociaux, contre 7 % en 2018. Le taux atteignait 13 % chez les filles et 9 % chez les garçons. Il ne s’agit pas d’un diagnostic d’addiction, mais d’une perte de contrôle associée à des conséquences négatives.
Les risques touchent la santé mentale et le corps : sommeil perturbé, sédentarité, comparaison sociale et fragilisation de l’image corporelle.
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