Médaille d'or du CNRS : rencontre avec la physicienne Jacqueline Bloch, piégeuse de lumière
Elle a reçu ce jeudi la plus haute distinction scientifique française pour ses travaux sur l’interaction entre la lumière et la matière. Cette enseignante à Polytechnique, membre de l’Académie des sciences, est une figure dans la défense de la recherche fondamentale et des femmes en science.
Par Cécile de Kervasdoué • Publié le vendredi 18 septembre 2026 à 06:30
" La magicienne de la lumière Ouverture dans un nouvel onglet ", comme la qualifie le CNRS, vient d'obtenir à 59 ans un graal : la médaille d'or de la célèbre institution française.
Membre de l’Académie des sciences, Jacqueline Bloch se voit ainsi distinguée pour ses travaux sur les polaritons, des particules hybrides qui se forment quand la lumière interagit avec la matière. Des recherches qui " ont révélé des effets spectaculaires et inédits en physique et ingénierie ", a salué le président du CNRS, Thierry Dauxois, soulignant que son approche " très collaborative ", qui rappelle " l'importance des échanges dans l'aventure scientifique ".
Enseignante à l'école Polytechnique, cette physicienne expérimentatrice travaille depuis plus de trente ans à " piéger la lumière ". Après un DEA en physique de la matière condensée et une thèse au Laboratoire de microstructures et de microélectronique (L2M) sur le comportement des électrons dans des nanostructures. Elle qui a grandi dans l'admiration d'un père grand physicien, Claude Bloch, perdu alors qu'elle n'avait que 4 ans.
Rencontre dans son antre : le Centre de nanosciences et de nanotechnologies de l'Université Paris-Saclay (C2N) Ouverture dans un nouvel onglet .
Vous aviez eu la médaille d’argent du CNRS en 2017 et là c’est la médaille d’or. C’est important pour vous ?
Cela m'honore énormément. Et surtout, je pense que cela récompense vraiment un travail collectif avec tous les collègues qui m'ont aidée en développant tous ces échantillons sur lesquels je travaille. Sans eux, je ne serais rien du tout. Tous les étudiants, les jeunes chercheurs, les collègues à l'international, expérimentateurs ou bien théoriciens. Tous ces gens ont travaillé ensemble sur le temps long et c'est grâce à ce collectif que nous avons obtenu ces résultats.
Un point aussi me tient à cœur et j'aimerais mieux l'expliquer avec cette médaille, c'est vraiment l'intérêt de la recherche fondamentale. Ces travaux récompensés par une des récompenses scientifiques les plus prestigieuses en France sont le fruit d'une recherche purement fondamentale. On oublie souvent l'existence même de cette recherche fondamentale, en se limitant à la recherche appliquée. Mais sans recherche fondamentale, il n’y a pas de recherche appliquée. Je suis donc très reconnaissante au CNRS qui m'a permis de travailler depuis le début (1994) dans la même direction.
Très tôt, vous avez senti que des particules quasi hybrides avaient un grand potentiel pour faire dialogue lumière et matière. Pourriez vous l’expliquer ?
Si l’on considère que la lumière dans cette pièce est faite de petits grains que l'on appelle des photons, ces photons se propagent dans la pièce et ne se voient pas entre eux. Car les épées de Star Wars, c'est de la science-fiction.
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