L'un d'eux a comparé l'utilisation de Facebook et Instagram à la prise de cocaïne: le retentissant procès Meta s'ouvre aux États-Unis avec la sélection des jurés
Le procès de Meta , accusé par des procureurs généraux américains d'avoir caché les dangers d'Instagram et Facebook pour les adolescents tout en concevant ses applications pour les retenir, s'est ouvert mercredi en Californie par la sélection de huit jurés. Aucun débat de fond n'a encore eu lieu et les plaidoiries d'ouverture ne sont attendues que le 18 août, pour des audiences prévues jusqu'à fin septembre.
Mercredi, la juge Yvonne Gonzalez Rogers a interrogé les jurés potentiels sur leur usage de Facebook et d'Instagram, sur les comptes de leurs enfants ou sur ce qu'ils pensent de Mark Zuckerberg. Certains ont été questionnés sur l'âge auquel ils s'étaient eux-mêmes inscrits, si c'était avant 13 ans, à l'insu de leurs parents et s'ils en avaient éprouvé des troubles psychologiques. L'un a comparé à la cocaïne la poussée de sérotonine procurée par le défilement de contenus anxiogènes, un autre a estimé que ces applications sont conçues pour "extraire de la valeur" des gens.
"Cela ressemble vraiment" aux procès de "l'industrie du tabac des années 1990", estime auprès de l'AFP Vincent Joralemon, juriste au centre de droit et technologies de l'université de Berkeley. À l'image des poursuites d'États qui ont fini par faire payer des montants records aux cigarettiers il y a trois décennies et par restreindre leur publicité envers les mineurs, ce sont les pratiques commerciales des réseaux sociaux qui sont visées, souligne-t-il.
Dans ce procès, les procureurs généraux de Californie, du Colorado, du Kentucky et du New Jersey porteront le fer contre le groupe de Menlo Park, en éclaireurs des 29 Etats au total qui poursuivent Meta depuis 2023.
Ils réclament de fortes modifications et restrictions de fonctionnement d'Instagram et Facebook pour les mineurs, et jusqu'à 1.400 milliards de dollars de pénalités, une somme proche de la capitalisation boursière de Meta. Un tel montant a peu de chances d'être atteint: en juillet, la juge a qualifié cette estimation de "déraisonnable", et celle avancée par Meta, 4 millions de dollars, de "même pas une tape sur la main", selon le média juridique Law360. La principale menace pour l'entreprise reste "l'atteinte à la réputation" et l'obligation de modifier en profondeur ses produits, estime Vincent Joralemon.
Le jury n'aura qu'un rôle consultatif: c'est la juge, connue pour avoir sanctionné Apple et avoir arbitré au printemps le procès entre Elon Musk et OpenAI , qui fixera les éventuelles pénalités et mesures de remédiation. Mark Zuckerberg figure parmi les témoins vedettes attendus à la barre, six mois après sa première comparution devant un jury, à Los Angeles.
Les procureurs accusent Meta d'avoir violé leurs lois de protection des consommateurs et une loi fédérale sur les données des enfants, en concevant, selon eux, des fonctionnalités faites pour retenir les mineurs: défilement infini, notifications nocturnes, "likes".
Cette stratégie vise à contourner l'immunité dont jouissent les plateformes pour les contenus publiés par leurs utilisateurs: c'est la conception des applications qui est donc attaquée, pas ce qu'on y publie.
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