Tous égaux quand on a chaud ?
Que ce soit dans un logement social du XVᵉ arrondissement, à Argenteuil ou à Bagnolet, des habitants racontent l'enfer des fortes chaleurs estivales, leur sentiment d'abandon, et leur mobilisation à l'échelle du quartier pour venir en aide les uns aux autres et rompre l'isolement.
Cet été, la France a connu 53 jours cumulés de vague de chaleur : 573 stations météo ont dépassé 40 °C. Face à ces conditions climatiques extrêmes et au manque de moyens pour s’en protéger dans de nombreux quartiers, comment s’organiser ?
Ayat a 52 ans et souffre d’une déficience visuelle de naissance, si bien qu’elle est aujourd’hui à la limite de la cécité. Elle vit dans le 15e arrondissement, dans un logement social des années 1980 dépourvu de volets aux étages. Malgré ses sollicitations, le bailleur refuse depuis des années d’intervenir pour remédier à ce problème. L’été dernier, la situation dans son appartement est devenue invivable, d’autant que son handicap l’empêche d’être pleinement mobile : le 26 juin, il faisait plus de 36 degrés chez elle. “Je ne peux pas toucher les vitres : elles sont brûlantes. Les sols et les murs aussi."
La situation bascule quand l’une des locataires de l’immeuble, une dame de 68 ans, décède à cause de la chaleur. Les résidents, en état de choc, se mobilisent auprès du bailleur, mais la réaction de celui-ci fait toujours état d’une profonde indifférence : il promet seulement de changer les boîtes aux lettres. “ Le bailleur n'a absolument rien dit, rien fait. Le néant, silence radio.”
Nora et Linda ont respectivement 51 et 48 ans et vivent toutes deux à Argenteuil, dans le Val Nord. Engagées dans la vie associative locale, elles soulignent la stigmatisation dont leur quartier est victime et qui conduit à une forme d’abandon étatique. En réponse, de forts liens d’entraide se nouent entre les habitants en temps de canicule, que ce soit par la distribution de bouteilles d’eau ou par des visites régulières aux personnes à risque. “On sait très bien que quoi qu'il se passe, nous, les habitants, on est toujours là.”
La vie en période de canicule pour les familles du quartier consiste surtout en une réclusion forcée la journée : “Quand on n'allait pas dans les bases de loisirs ou à la piscine, on était enfermés à la maison.”. Mais alors, le soir, quand des habitants sortent jusque tard pour profiter de la fraîcheur, alors que d'autres ne sont pas en vacances et travaillent, des problèmes d’usage des espaces publics se posent. " Les gens sortaient jusqu'à au moins 2 h ou 3 h du matin. Tous les recoins du quartier étaient remplis de monde. Mais malheureusement, il y a des infirmières, des personnes qui font des siestes, des bébés, des gens qui voudraient se reposer…”
Vague de chaleur record : la France est-elle prête à vivre avec le dérèglement climatique ?
Gilles, 50 ans, est éleveur de chèvres dans le quartier de Malassis, à Bagnolet. Sa bergerie n’est pas seulement un corps de ferme pour les animaux : elle est aussi un point de rencontre et d’activité pour les jeunes, qui peuvent par exemple venir jouer au football ou se baigner dans la piscine.
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