"La vie brute" de Joy Sorman : un regard incisif sur l'altérité
Elle porte un pull Mickey rose à paillettes, elle a les ongles rongés, des yeux bleu délavés.
Irène Gérard, née en 1958 à Eupen, en Belgique, vit avec une déficience mentale modérée.
Elle est quasi mutique, ne théorise rien, ne prétend pas être une artiste.
Elle peint.
Depuis qu’elle a rejoint, en 2007, la "S" Grand Atelier, à Vielsalm, elle reproduit des images d'ouvrages ou de magazines : une madone de Botticelli, Tintin et Milou, un portrait de Vélasquez.
Elle pense copier, créant pourtant des visages étranges, déformés, profondément singuliers.
C’est cette femme que Joy Sorman entreprend de rencontrer.
Pendant un an, elle l’observe, se heurte à l’impossibilité de faire entrer leur relation dans les formes habituelles du dialogue.
Comment approcher quelqu’un qui ne raconte pas sa vie ? Comment parler d’une œuvre quand celle qui la produit ne cherche ni à l’interpréter, ni même à lui donner un nom ? L’auteure avance ainsi par touches, attentive aux gestes, aux silences, aux tableaux.
Et, à mesure qu’elle cherche Irène, c’est elle-même qu’elle retrouve : l’enfant que le kitsch fascine, la femme attirée par les marges, mais aussi notre besoin très contemporain de classer, d’expliquer, de légitimer.
L’art brut, né hors des institutions et des écoles, devient alors plus qu’un sujet : un révélateur.
Avec ce récit sobre et incisif, Joy Sorman signe un livre sur l’altérité qui refuse les bons sentiments.
En approchant Irène, c’est finalement notre propre manière de regarder l’autre que La vie brute met à nu.
"La vie brute", par Joy Sorman.
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