"Ils troquent des données de particuliers" : enquête sur le canal DGSI, repaire de jeunes hackers sur Discord
Silence radio.
Depuis le 25 avril, le compte de "breach3d", un jeune prodige du hacking à la notoriété désormais installée, se fait plus discret en ligne.
Le mineur corse de 15 ans, interpellé à Bastia à la même date, puis placé en garde à vue, est soupçonné d’être à l’origine du piratage massif de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), chargée en France d’émettre les cartes d’identité, passeports ou permis de conduire.
Son compte jusqu’alors volubile et très actif a été désactivé de plusieurs espaces de discussion sur Internet - dont un vaste serveur Discord , une plateforme prisée des moins de 25 ans et amateurs de jeux vidéo.
Son nom : "DGSI Sécurité", clin d’œil assumé au renseignement intérieur français.
Plusieurs signalements CCITIC (pour cyber counter-intelligence threat investigation consortium), un collectif de spécialistes issus de la cybersécurité, du renseignement et des forces de l’ordre, implanté à Bruxelles, est parvenu à infiltrer ce canal de 1 393 membres, accessible uniquement sur invitation.
Les messages échangés sur le groupe, dont le volume s’est tari dernièrement, font de temps à autre référence aux plus importantes cyberattaques dont l’Etat français a été victime ces derniers mois et aux innombrables données personnelles désormais en liberté.
Coup sur coup, l’administration fiscale mais aussi Tchap, une application sécurisée conçue pour les besoins de conseillers ministériels, diplomates et fonctionnaires français, ont fait les frais de fuites de données.
Noms, prénoms, e-mails, dates de naissance… Le piratage de l’ANTS, d’une rare ampleur, est quant à lui venu dévoiler les données personnelles de 12 à 18 millions de Français, proposées à la vente sur des forums cybercriminels.
Le serveur "DGSI Sécurité", dont l’existence a été signalée à la section J3 du Parquet de Paris, l’unité spécialisée dédiée à la lutte contre la cybercriminalité, à la gendarmerie et à l’Office anti-cybercriminalité (Ofac), un service d’enquête de la police nationale, serait rattaché à un réseau bien plus large, qui implique d’autres forums, serveurs Discord et des canaux de l’application chiffrée Telegram.
Les piratages des principales bases de données et sites de l’Etat sont bel et bien à la portée de très jeunes profils, parfois amateurs, qui s’organisent en ligne et se rassemblent sur de tels espaces de discussion.
"Ils troquent des données de particuliers, évoquent des infos sur les fuites liées à l’administration fiscale, NRJ Mobile ou France Travail, soit à l’écrit, soit en faisant des lives Discord et partages d’écran en direct", explique un membre de CCITIC au sujet de "DGSI".
L’un des comptes a également fait circuler l’un des numéros d’Emmanuel Macron, d'après l'une des nombreuses captures écran consultées par L'Express.
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