L'Instant Poésie de Séphora Pondi : "Avale" de Séphora Pondi, expérimenter le je(u)
A la fois pensionnaire à la Comédie-Française, metteuse en scène, scénariste, l'actrice Séphora Pondi est depuis peu romancière, et ouvre cette carte blanche poétique en évoquant son premier roman, "Avale", paru en 2025.
Séphora Pondi a très tôt eu un goût pour la lecture et la littérature. La poésie l’a d’abord beaucoup intimidée, avant d’y voir une véritable expérience autour du son, du mouvement et du rythme. En plus d’être l’actrice qu’elle est aujourd’hui, elle est devenue écrivaine en publiant son premier roman chez Grasset en septembre 2025, intitulé Avale . Ce premier livre mêle le destin d’une jeune comédienne noire, d’origine camerounaise, Lame, star de cinéma et transfuge de classe, et d’un fan obsessionnel, traversé par le cinéma de genre, le thriller psychologique ou encore le body horror.
Dans l’extrait qu’elle nous propose d’écouter, on y retrouve la liesse et l’excitation des nuits parisiennes, à l’âge de 20 ans, un concentré d’adolescence féminine qui raconte l’allégresse et la découverte d’un temps où Séphora Pondi a pu se livrer à des expérimentations stylistiques plus libres. Grande auditrice de rap pendant longtemps, cette musique a alimenté son rapport à l’écriture, un jeu espiègle avec le rythme, les trouvailles linguistiques, les mots.
"On fait onduler nos 20 ans sur Zanmi Kanmarad, sur du reggaeton ou des hymnes des Balkans. Je suis trempée dans ma robe et je regarde mes sœurs, ivres mais clean. Nous collons nos fronts en nous déhanchant lentement, nos bras posés sur les épaules de chacune. L’amour est là, il est physique. Je nous revois plusieurs mois auparavant, année à peine entamée, traverser des quartiers entiers en espérant que quelque chose débarque. Cramer la vie calme. Poursuivre un miracle qui puisse tromper le morose. Je me souviens de ces nuits à tracer le long du périphérique avec la terreur qu’on nous fauche, l’adrénaline que le risque procure. Me remémore cette nuit volée dans un hôtel miteux du 12e pour ne pas rentrer chez nous. Les femmes fatales qu’on suit chez elles, après les avoir sifflées pour de faux, en séductrices à peu de frais. Parmi elles il y a Faty, peau noire bleutée, icône secrète, qui nous balance ses prédictions sur nos vies futures. Elles sont toujours un peu mystiques, celles qui traînent seules la nuit. Avec nous, elles jouent les aînées. Mylène aux yeux khôl nous confie son avortement, à 2 heures du matin dans un bar de Pigalle. Elle a interrompu sa grossesse à la suite du décès de son mec, dans un accident de moto. Le grand amour était le fils camé d’un acteur redoutable ; Mylène nous jure qu’elle ne s’en remettra jamais. Cette nuit-là, elle répète le prénom de l’absent comme un refrain. Je revois les noctambules du 82 rue des Martyrs, qui glosent sur tous les thèmes à la sortie du bistrot. Je revois les images de la caméra de Freya, quand ça chante Aznavour après une nuit sans dormir, dans un logement social métro Blanche.
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