La base de Mont-de-Marsan, symbole des atermoiements politiques sur la lutte contre les incendies ?
Base instable. En marge des polémiques sur l’insuffisance de flotte aérienne pour lutter contre les incendies , la création promise d’une nouvelle base pour la Sécurité civile dans le Sud-Ouest est aussi revenue comme un boomerang pour le gouvernement. Obligeant Laurent Nuñez à défendre le choix de ses prédécesseurs à l’Intérieur pour éviter un nouveau procès en impréparation et inaction face aux conséquences du changement climatique.
Retour en 2023. La forêt des Landes se remet alors à peine des feux qui l’ont dévasté au cours de l’été précédent. Le ministre de l’Intérieur de l’époque Gérald Darmanin annonce alors l’installation de « moyens pérennes » pour lutter contre le feu dans le Sud-Ouest. Objectif : appuyer la base aérienne de la Sécurité civile située à Nîmes-Garons (Gard) et pouvoir intervenir rapidement après le premier signalement pour empêcher la propagation du feu dans cette zone à haut risque.
Mais moins d’un an et demi après cette annonce, Gérald Darmanin quitte Beauvau pour la place Vendôme. Le portefeuille de l’Intérieur et la gestion de la Sécurité civile sont confiés à son successeur Bruno Retailleau. Lequel occupe la fonction pendant un an, avant de céder sa place à Laurent Nuñez. Et dans ce défilé de ministres aux sensibilités et priorités diverses, la base de Mont-de-Marsan reste au point mort.
Interrogés par Mediapart , les entourages de Gérald Darmanin et de Bruno Retailleau s’accusent mutuellement d’inaction. Le premier assure avoir commandé une « étude de configuration », sorte d’état des lieux qui étudie l’utilité et la faisabilité du projet. Le document consulté par nos confrères et daté de septembre 2023 valide le principe d’une nouvelle base, avec quelques « points de vigilances » dont l’absence de plans d’eau pour recharger les Canadair. Surtout, l’auteur du rapport insiste sur la nécessité absolue d’augmenter la flotte de lutte aérienne pour ne pas « affaiblir » la base déjà existante dans le Gard et réaliser ainsi un coup d’épée dans l’eau. Il recommande qu’une « analyse plus poussée » soit menée avant tout lancement du projet.
Et ensuite ? Contacté par le site d’investigation, l’entourage de Gérald Darmanin juge qu’il revenait à Bruno Retailleau de « poursuivre le travail » . Mais les équipes du président du parti Les Républicains renvoient la faute sur son prédécesseur. « Bruno Retailleau n’a pas eu à enterrer (ce projet) puisqu’il n’existait pas », confie un de ses membres à Mediapart, jugeant que l’annonce de la base n’a « pas été suivie par le moindre début de commencement d’exécution. » Son entourage souligne aussi le coût du projet, « aux alentours de 400 millions d’euros » alors même que le chef du gouvernement de l’époque François Bayrou (décembre 2024 - septembre 2025) avait fait de la maîtrise des finances publiques son cheval de bataille.
Résultat ? Le projet reste au point mort, en dépit des alertes incessantes des élus locaux.
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