Les villes-États portuaires: Dubaï, une ambition maritime extraordinaire aujourd'hui contrariée [2/5]
Aujourd'hui l'économie Les villes-États portuaires: Dubaï, une ambition maritime extraordinaire aujourd'hui contrariée [2/5] Publié le : 25/08/2026 - 09:28
Écouter - 02:52 À Dubaï, le port de Jebel Ali, sorti des sables il y a 50 ans, est devenu le premier port à conteneurs hors d'Asie. Mais il subit son premier véritable revers cette année avec la guerre au Moyen-Orient.
« Le cheikh Rashid était un dirigeant avisé et visionnaire, récite un écolier. Il a contribué à l'essor moderne de Dubaï ». Comme tous les ans, les enfants des écoles dubaïotes rendent hommage à celui qui, en 1976, est à la tête de l'émirat le moins bien doté en pétrole et décide de construire le plus grand port artificiel au monde dans un village de pêcheurs, Jebel Ali.
Un projet jugé insensé à l'époque. « Le caractère absolument ubuesque de sa vision, c'est qu’on est déjà en face d’un port qui s'appelle Djibouti, qui sert alors de hub et d'interconnexion à l’entrée et à la sortie du canal de Suez , rappelle Yann Alix, expert des stratégies maritimes. Pourquoi aller traverser, passer Ormuz et finalement se retrouver dans une trappe ? Et pourtant, il réussit malgré tout à penser que Dubaï doit être une place du négoce et du commerce. Avec cette vision quand même très avant-gardiste de se dire que la logistique viendra se faire ici ».
Zéro droit de douane, zéro taxe pour attirer à Dubaï les entreprises de logistique du monde entier… Dès 2001, quand la Chine entre dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Jebel Ali s'impose comme port majeur de transbordement de conteneurs entre l'Asie, le Moyen-Orient et l'Europe. « Les navires les plus grands du monde sont sur la route Asie-Europe et ils arrivent à Jebel Ali, explique Yann Alix. Vous avez aussi des immenses parcs logistiques où on va pouvoir retraiter les marchandises pour pouvoir les réexpédier. Ça va du tee-shirt à l’iPhone, de la paire de lunettes à la machine-outil… tout ce que l'on peut mettre dans un conteneur, c'est-à-dire à peu près toutes les marchandises qui sont a minima transformées ».
Les Émiriens reprennent le contrôle d'un commerce maritime que les Britanniques leur avaient dérobé sous la colonisation. Jusqu'au 28 février 2026. L' Iran est visé par des frappes et Téhéran riposte en visant les pays du Moyen-Orient. Les Émirats arabes unis sont ciblés par les missiles et les drones iraniens. Le détroit d'Ormuz est bloqué par Téhéran. En 50 ans, aucune crise n'avait fait aussi mal à l'économie portuaire de Dubaï. « En 2009, à cause de la crise financière, on avait une baisse de 7% du trafic entre 2015 et 2020, compare Eve Barré, économiste des transports chez Coface. À cause du Covid et du blocus sur le Qatar, on a une baisse de 14% du trafic. Entre le 28 février et la fin juin 2026, le nombre de bateaux à faire escale au port de Jebel Ali est réduit de près de 90% ».
Le port de Jebel Ali réussira t-il à se réinventer ? Dubaï Port World s'emploie à le connecter par le rail au canal de Suez et prévoit un autre terminal à conteneurs à Fujairah, sur la côte est, afin d'éviter le détroit d'Ormuz.
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