John Plassard : "Un changement radical est en train de s’opérer au sein de la Fed"
La prochaine réunion de la Fed tournera-t-elle à nouveau à "une bonne dispute de famille" ? C'est ainsi que son patron, Kevin Warsh , avait qualifié les derniers débats monétaires, fin juillet.
Nommé à la tête de l'institution en mai dernier, le quinquagénaire a pris la suite de Jerome Powell, sommé pendant des mois par Donald Trump de baisser les taux d'intérêt.
Mercredi 12 août, investisseurs et "Fed watchers " ont retenu leur souffle en attendant les données sur l'inflation du mois dernier.
Son léger ralentissement - à 3,4 % - conjugué à la déception du dernier rapport sur l'emploi, suffit-il à éloigner le spectre d'une hausse de taux en septembre ? Une chose est sûre : anticiper les prochains mouvements de la Fed est devenu bien plus complexe depuis l'arrivée de Kevin Warsh .
Sa bête noire ? Les indications prospectives (forward guidance), traditionnellement communiquées aux marchés.
A quelques semaines du grand raout annuel des banquiers centraux à Jackson Hole, John Plassard, associé à la banque suisse Cité Gestion, analyse les réformes qu'il mène au sein de l'institution.
L’Express : Comment a été perçue la décision de la Fed de ne pas augmenter les taux fin juillet, alors même que l’inflation était au-dessus de sa cible ? John Plassard : Depuis son arrivée à la Fed, la marque de fabrique de Kevin Warsh est plutôt le pragmatisme.
Il semble avoir convaincu Donald Trump - les deux hommes s'appellent apparemment très souvent - qu'une inflation non maîtrisée coûterait plus cher à l'économie qu'un ralentissement modéré de la croissance.
Concrètement, il ne baisse pas les taux tant que l'inflation reste au-dessus de l'objectif de 2 %.
Le marché, qui attendait d’ailleurs un statu quo, n’a pas été déçu par sa décision, jugeant la politique justifiée.
En effet, contrairement à 2022, la lecture d'une inflation transitoire paraît, pour l’instant, juste : la boucle prix-salaires ne s'est pas enclenchée.
Il faut néanmoins rester prudent, car le logement pèse environ 35 % du CPI américain [NDLR : l'indice des prix à la consommation] et les loyers évoluent lentement, avec un effet retard de plusieurs mois.
L'énergie, elle, ne représente que 6 % du CPI : une variation du prix du baril ne se répercute donc pas immédiatement sur l'inflation globale.
Les taux longs ont atteint leur plus haut niveau en 19 ans au moment de la décision.
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