« Rémunérés à la quantité, nous ne chômions pas » : un été au Pays de Galles à ramasser les fraises
Quels sont vos souvenirs les plus marquants de vos « jobs d’été » ? Jean-Charles (Ille-et-Vilaine) a répondu à notre appel à témoignages, dans le cadre de notre rubrique « Courrier des lectrices et des lecteurs ». Voici son récit…
« Un été aux fraises. C’était en 1965, je venais d’obtenir le bac et souhaitais gagner un peu d’argent pendant les vacances. Des amis Anglais m’avaient parlé de cultivateurs installés au Pays de Galles qui faisaient appel à des jeunes pour le ramassage des fraises (strawberry picking). C’était selon eux plutôt bien payé et l’ambiance entre jeunes était « du tonnerre ». Alors pourquoi pas ?
Début juillet me voilà parti en stop pour Cherbourg, puis en ferry pour Southampton. À cette époque, le contrôle douanier se faisait à bord et je ne devais surtout pas dire que j’allais en Grande-Bretagne pour travailler dans une ferme. J’ai donc balbutié que j’y allais pour des vacances. Quand le douanier a découvert, en me demandant l’adresse de ce lieu de vacances, qu’il s’agissait d’une ferme spécialisée dans les petits fruits, il m’a regardé bizarrement, souri… Puis tamponné mon passeport .
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Arrivé en train à Hereford puis en bus à la ferme où j’allais passer près d’un mois, j’ai découvert avec grand plaisir qu’il n’y avait en effet que des jeunes filles et garçons, Britanniques en majorité mais aussi quelques Hollandais et des Allemands. J’étais le seul Français, l’accueil fut très chaleureux.
Les conditions de logement étaient très précaires. Il y avait deux greniers, où garçons et filles s’installaient pour dormir sur des sommiers qui avaient connu des jours meilleurs : trois lavabos, une grande cuisine avec trois réchauds et les toilettes dans la cour… Nous étions une petite quinzaine.
Tous les matins, nous nous rendions au champ. Devant nous s’étendaient des rangées de fraisiers qui semblaient interminables. De 9 h à 17 h, avec une pause d’une heure, mes camarades et moi ramassions accroupis ou à genoux des fraises. Des fraises et encore des fraises. Comme nous étions rémunérés à la quantité ramassée, nous ne chômions pas.
On nous remettait en début de journée un grand panier qui pouvait contenir douze petites barquettes. Nous en remplissions onze de belles fraises et une de moins belles pour la confiture. Et cela toute la journée… Le soir, après le repas, préparé par nous-mêmes, nous ne faisions pas de vieux os.
Les jours de mauvais temps, plusieurs d’entre nous rechignaient à passer la journée sous la pluie , à genoux dans la terre mouillée. Alors pour nous motiver, le patron nous proposait de doubler notre rémunération par panier. Le samedi soir, le cultivateur emmenait toute notre petite bande au pub du coin et c’était open bar à ses frais !
Le dimanche, nous partions par affinité visiter la région. À ces occasions, de petites amourettes aussi platoniques qu’éphémères se déclaraient, un sympathique prélude de l’entrée prochaine de la Grande Bretagne dans la communauté européenne.
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