ÉDITORIAL. Cinq ans de pouvoir des Talibans : l’esclavage des femmes afghanes
Le retour des Talibans au pouvoir à Kaboul , le 15 août 2021, a replongé le pays dans un obscurantisme d’un autre âge. Les promesses initiales de clémence n’ont pas tenu longtemps. Le pouvoir afghan a multiplié les textes de loi (une centaine) réprimant progressivement l’accès des femmes à l’éducation et à de nombreux emplois. Au point qu’aujourd’hui l’Afghanistan est le seul pays au monde où l’enseignement secondaire est interdit à la moitié de la population.
Abolition des droits les plus élémentaires, violences physiques, mariages forcés, soumission à un corpus normatif dégradant pour le genre humain, le sort des femmes afghanes est de nouveau tombé depuis 2021 dans un cône d’ombre. L’anniversaire du départ pitoyable des troupes américaines, le 15 août 2021, permet de rebraquer les projecteurs sur leur condition. Il ne permet pas pour autant de susciter un choc politique permettant d’améliorer durablement leur situation.
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Le Watson Institute of International and Public Affairs de la Brown University, aux États-Unis, a évalué à plus de 2000 milliards de dollars le coût de l’intervention militaire américaine en Afghanistan, de 2001 à 2021. S’il était besoin d’un exemple pour montrer l’inutilité de la guerre, le cas afghan serait un cas d’école.
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Car, au lendemain du 11 septembre 2001 et compte tenu du caractère inhumain du régime des Talibans qui régnait alors sur Kaboul, l’intervention militaire en Afghanistan ne manquait pas de légitimité. Le sceau de l’ONU avait même été donné. L’urgence sécuritaire imposait de traquer Ben Laden. La chute des Talibans ne pouvait qu’être saluée comme une amélioration objective et souhaitable du sort des Afghans. Elle le fut d’ailleurs.
Un quart de siècle plus tard, le bilan est pourtant amer. En très peu de temps, les barbares ont repris le contrôle du pays. La violence, la peur étouffent la société afghane. La logique clanique n’a plus de rivaux. Le souvenir qu’un autre monde est possible habite encore les femmes afghanes, mais mêlé aussi à un sentiment de désespoir croissant. 95 suicides sur 100 sont ceux de femmes.
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C’est là qu’un sursaut est toujours nécessaire. L’oubli est pour elles une condamnation définitive. Les témoignages, recueillis notamment par la BBC qui est l’un des rares médias à avoir maintenu une présence en Afghanistan, vont dans ce sens. Nous avons besoin de solidarité, pas de silence , disent-elles. C’est ce que les ONG humanitaires encore présentes sur le terrain continuent de faire.
Nos gouvernements pourraient aussi exercer davantage de pression sur les grands États qui commercent avec Kaboul, notamment la Chine. Pékin a toujours gardé un lien avec les Talibans, pour des raisons essentiellement sécuritaires. Vingt-deux millions de femmes et de jeunes filles afghanes méritent mieux que le prudent pragmatisme de la nouvelle grande puissance asiatique.
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