La Trabant 601: l'autre voiture du peuple... est-allemand
À côté des autres voitures de peuple, la trajectoire de la Trabant semble bien modeste, ses performances aussi. Le premier modèle sort en 1959 et le dernier cesse d’être fabriqué en 1991, quelques mois après la réunification allemande. Il n’en sera fabriqué, en tout et pour tout, qu’un peu moins de 3 millions d’exemplaires, ce qui reste impressionnant à l’échelle d’un pays, la RDA, dont la population oscille entre 16 et 18 millions d’habitants.
Le film de Billy Wilder, One, two, three (1961), nous offre une scène de course-poursuite automobile peu commune. L’équipage d’une Mercedes est pris en chasse par des membres de la Stasi est-allemande serrés les uns contre les autres dans une Trabant. Au premier virage, celle-ci perd une partie de son pare-chocs avant. Elle produit par ailleurs d’étranges bruits d’explosion, du reste peu conformes au modèle original, avant qu’à l’arrivée devant le checkpoint, au bout de l'avenue Unter den Linden, le conducteur ne finisse par détacher le volant de son axe, laissant ainsi la voiture percuter de plein fouet la porte de Brandebourg.
C’est assez pour dire que la Trabant n’a guère servi la propagande du régime est-allemand à l’étranger. En Allemagne de l’Est, elle fut une tentative pour répondre aux besoins de la population dont le parc automobile était dans l'immédiat après-guerre extrêmement réduit et vieillissant. En 1955, apparaît la Zwickau P70, qui a trouvé dans le Duroplast une réponse aux pénuries d’acier. La grande aciérie d’Einsenhüttenstadt produit en effet essentiellement pour l’armement et les infrastructures, avec du fer soviétique et du charbon polonais, les richesses minières de l’Allemagne étant demeurées en Allemagne de l’Ouest.
Le Duroplast est une résine renforcée de fibres de coton ou de laine, proche de matériaux conçus au début du XXe siècle, tels que le formica ou la bakélite. Léger et solide, il assure une bonne isolation phonique et ne rouille pas. Il permet d’équiper le véhicule d’un simple moteur deux temps, généralement réservé aux deux roues. La première Trabant de 1958 reprend ses caractéristiques, mais est munie cette fois d’un châssis en acier et non en bois, et se dote, comme la 2 CV, d’un refroidissement à air. Son nom, qui signifie « s atellite » en allemand, évoque la situation de la république est-allemande (RDA) par rapport à l’URSS. Il est aussi un hommage à Spoutnik, qui a été lancé en 1957.
Les pièces moulées en Duroplast requièrent beaucoup plus de temps pour être fabriquées qu’une carrosserie en tôle d'acier. De 1958 à 1962, la P50 ne connaîtra donc que 130 000 exemplaires. Sa remplaçante, la P60, aura une production encore plus réduite, avec 100 000 véhicules entre 1962 et 1965. L’arrivée de la 601 en 1964 amène la Trabi, comme on la surnomme désormais, vers sa forme définitive, avec des lignes plus modernes, un plus grand coffre et de plus grandes surfaces vitrées. Le temps de fabrication s’est réduit de 60 % et il ne faut plus désormais que 70h pour fabriquer un véhicule.
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