Une souricière dans Paris : la rafle du 20 août 1941 restée dans l'ombre de celle du Vél d'Hiv
Le 20 août 1941, une rafle d’envergure frappait les juifs parisiens. En cinq jours, 4 230 hommes sont arrêtés par la police française sous les ordres des autorités allemandes. Quatre-vingt-cinq ans après, malgré son ampleur, cette rafle ne s'est pas inscrite dans la mémoire collective.
Par : Stéphanie TROUILLARD "Je suis dans ce camp si loin de toi. Comme un malfaiteur on me garde, mais mes pensées survolent les toits". Le 31 décembre 1942, Berek Grimbaum écrit une lettre à son épouse Chaja depuis le camp d’internement de Drancy . "Ma femme, mes enfants chéris. Soulagez le fardeau que je traîne. Faites que je vous sache sans soucis. Au sujet de celui qui vous aime. Quelques semaines et je serai parmi vous. Et après ces si sombres heures. La justice triomphera au bout. La joie remplira notre demeure", confie-t-il à ses proches, rongé par le chagrin.
Le vœu de ce juif né à Varsovie en 1895 ne se réalisera pas. Il trouvera la mort quelques mois plus tard le 12 avril 1942 dans le centre d’extermination d’Auschwitz en Pologne . Le destin de ce tapissier, père de trois enfants, a basculé le 20 août 1941.
Ce jour-là, il se trouve dans son appartement au 92 avenue Ledru Rollin dans le 11e arrondissement. "Ma mère, qui avait 19 ans à l’époque, m’a raconté que mon grand-père avait entendu du bruit et qu’il était monté dans les étages. Deux policiers français ont alors frappé à ma porte et ont demandé où il était", raconte sa petite-fille Patricia Chandon-Piazza. "Ma grand-mère a répondu qu’il n’était pas là. Les policiers lui ont alors dit qu’ils allaient revenir dans une heure et que s’il n’était pas rentré, ils allaient l’arrêter à sa place. Mon grand-père, qui était au-dessus, a tout entendu et est descendu pour protéger sa famille", décrit la descendante de Berek Grimbaum.
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En ce jour d’été, c’est une souricière qui a été mise en place dans cet arrondissement de l'est de la capitale. Des barrages bloquent les rues. Les stations de métro Charonne, Voltaire, Saint-Ambroise et Oberkampf restent fermées. Dès 5h30 du matin, 2 400 policiers français encadrés par la Feldgendarmerie bouclent le 11e arrondissement où la population juive est très nombreuse. Ils sont munis de fiches avec l’identité de près de 6 000 hommes de diverses nationalités à arrêter, âgés de 18 à 50 ans.
"La rafle du 20 août 1941 est la seconde rafle d’envergure qui touche les juifs de France et plus particulièrement ceux de Paris, après celle dite du 'billet vert' qui a eu lieu le 14 mai précédent", explique l’historien Alexandre Bande , spécialiste de la Shoah .
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