IA : le tabou de la restructuration qui handicape l’Europe
"Nothing...
Rien...
Nada..." La réponse du secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a fait se gausser les étudiants texans qui l’interrogeaient sur ce que l’Europe est capable de créer en matière d'intelligence artificielle .
D’un pays allié, on attend plus de retenue en public.
Mais Scott Bessent n’a, hélas, pas tort sur le fond.
Le fossé technologique qui s’est creusé ces dernières années entre les Etats-Unis, mais aussi la Chine, et le Vieux Continent est devenu béant à l’heure de l’IA générative .
Alors qu'en vingt ans, le poids des investissements américains et chinois dans la R&D tech s'est envolé de 72 % pour le premier et 18 % pour le second, celui de l’Europe a dévissé de 9 %.
Comment expliquer que la Chine, qui n’a pas accès aux puces Nvidia les plus avancées, talonne à présent les Américains, quand les Européens, qui en jouissent, n'ont pas d'IA "frontière" ? Un élément clé, bien connu des économistes, est trop souvent éludé par les politiques : le coût de l’erreur en Europe.
Le cadre qui protège les salariés de restructurations brutales est inadapté à des secteurs hautement technologiques, où le cap évolue vite, pointe la dernière note d’Olivier Redoulès et Mathilde Ferrer pour Rexecode intitulée "IA et souveraineté : le risque de déclassement économique".
Mark Zuckerberg, qui se fourvoyait dans le métavers , a pu promptement corriger son erreur : il a licencié quelque 20 000 salariés en 2023 avant de réembaucher à tour de bras dans l'IA.
Un virage à 180 degrés, inimaginable en Europe.
Coût de l'échec et paris technologiques Comme le montrent les travaux de la Fondation pour l’étude économique de l’innovation disruptive (Fesdi), une restructuration coûte sept mois de salaire aux Etats-Unis, contre trente-et-un mois en Allemagne et trente-huit mois en France.
Un écart qui "dissuade les entreprises de lancer des projets risqués", abondent les auteurs de la note Rexecode.
Aux Etats-Unis, en Suède , au Danemark ou en Suisse, où les coûts de restructuration sont inférieurs à dix mois de salaire, la part d'investissement dans la R&D de tech et biotech de rupture est proche, voire nettement supérieure, à 1,5 % du PIB, confirment les données de la Fesdi .
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