Après le Groenland, Trump veut-il faire main basse sur l'Islande? Une étrange invitation publiée sur le site de l'ambassade américaine jette le trouble à Reykjavík
Samedi, les Islandais votent pour savoir s’ils veulent reprendre les négociations d’adhésion à l’Union européenne. Un scrutin qui intervient au moment où l’Arctique redevient l’un des grands terrains de confrontation entre puissances. Russie, Chine, câbles sous-marins, énergie : derrière ses 400.000 habitants, l’Islande occupe une position géostratégique exceptionnelle. Et à force de mettre la pression sur le Groenland, Donald Trump pourrait bien pousser Reykjavík dans les bras de l’Europe. Une étrange invitation est publiée sur le site de l’ambassade des États-Unis en Islande, à destination des investisseurs. Ce jeudi 27 août, ils sont conviés à l’ambassade pour célébrer les 250 ans des États-Unis. Une fête nationale qui avait pourtant lieu le 4 juillet dernier...
Ce report, à deux jours du référendum islandais, interpelle forcément. L’Islande, Donald Trump y pense beaucoup. À Davos, en janvier dernier, le président américain avait confondu à plusieurs reprises l’Islande et le Groenland.
Simple étourderie ou lapsus révélateur? En tout cas, la séquence n’avait pas vraiment fait rire les Islandais.
D’autant qu’une semaine plus tôt, Billy Long, tout juste désigné ambassadeur des États-Unis à Reykjavík, avait plaisanté sur le fait que l’Islande pourrait devenir le "52e État" américain, et que lui-même en serait le gouverneur. Face au tollé, il avait ensuite présenté ses excuses.
On sait que Donald Trump veut mettre la main sur le Groenland. Il cherche à l’acquérir.
Alors forcément, quand on regarde l’Islande, située à moins de 300 kilomètres du Groenland au point le plus proche, difficile de ne pas se demander si Donald Trump ne la regarde pas du même œil.
Pour comprendre cet intérêt, il suffit de regarder une carte. L’Islande est exactement à la charnière entre l’Arctique et l’Atlantique Nord. Elle se trouve au milieu d’une ligne qui relie le Groenland au Royaume-Uni.
Cet axe géostratégique majeur porte un nom: le GIUK, acronyme de Greenland, Iceland, United Kingdom . C’est notamment par cette zone que les sous-marins russes de la flotte du Nord, basée autour de la péninsule de Kola et de Mourmansk, doivent passer pour gagner l’Atlantique Nord.
Un verrou géostratégique ultrasensible. Pendant la Guerre froide, les Américains avaient installé à Keflavík une importante présence militaire, notamment chargée de surveiller depuis les airs les sous-marins soviétiques.
Mais la Guerre froide terminée, Washington regarde ailleurs. En 2006, sous George W. Bush, les États-Unis retirent leurs forces stationnées en permanence à Keflavík. L’Amérique concentre alors ses moyens sur d’autres théâtres jugés prioritaires, notamment au Moyen-Orient et en Asie.
Lorsque Donald Trump arrive à la Maison Blanche en 2017, l’Arctique revient progressivement au cœur des préoccupations stratégiques américaines. Car entre-temps, deux choses ont changé.
D’abord, Vladimir Poutine a modernisé sa flotte sous-marine et renforcé la présence militaire russe dans l’Arctique. Le GIUK, qu’on croyait relégué aux cartes de la Guerre froide, redevient un verrou essentiel de l’Atlantique Nord.
Mais une autre puissance s’est entre-temps intéressée à l’Islande: la Chine.
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