Les Fiat 500: du fascisme à la Dolce Vita, les métamorphoses du petit miracle italien
Dans les films de Federico Fellini, deux voitures très différentes se croisent dans les rues de Rome : la Topolino d'avant-guerre et la Cinquino des années 1950. Toutes deux partagent le nom de Fiat 500, un concepteur, l'ingénieur Dante Giacosa, et l'ambition plus ou moins aboutie d'incarner la petite voiture économique et populaire en Italie. Moins vendues que la Fiat 600 ou la Panda, elles incarnent aussi une certaine tradition du design automobile cisalpin, aux lignes compactes et arrondies.
Parmi les admirateurs encombrants d’Henry Ford, se trouve un certain Benito Mussolini. Si le premier voit dans le dictateur italien, à l’instar de nombre d’industriels et de politiciens de l’époque, un rempart contre le communisme, le Duce, lui, s’intéresse surtout à ses innovations en matière de production de masse qui permettent de baisser les prix, de conquérir de larges parts de marché et de changer l’Italie en une grande nation industrielle.
Dès 1912, l’ingénieur Giovanni Agnelli a visité les usines Ford à Detroit. Devenu président de la Fiat (Fabbrica Italiana Automobili Torino) en 1920, il inaugure trois ans plus tard, en grand uniforme fasciste et en présence du roi d’Italie, l’usine du Lingotto, inspirée de celle de Ford à Highland Park. Cette prouesse architecturale innove, qui plus est, en incorporant sur son toit une piste ovale pour tester les véhicules à peine assemblés. Elle servira de décor à une scène inoubliable du film The Italian Job (1969), avec Michael Caine, et est aujourd'hui accessible au public. En matière d’organisation scientifique du travail, l’élève a dépassé le maître.
Il manque pourtant l’essentiel. Dans un pays encore dépourvu d’une réelle classe moyenne, les voitures demeurent encore de véritables objets de luxe. En 1934, l’idée de Benito Mussolini, qui reprend les principes du fordisme deux décennies plus tôt, est de produire un véhicule économique qui pourra se répandre dans une Italie qu’il s'imagine déjà couverte d’autoroutes et de villes « rationalistes », avec de grands boulevards pour les traverser. Le dernier modèle de la Fiat, la 508 Balilla, nom aussi donné aux jeunesses fascistes, coûte encore deux fois plus cher qu’une Ford A.
Mussolini exige d’Agnelli qu’il s’aligne sur le prix de cette dernière, soit 5 000 lires italiennes. Guère convaincu, le grand patron est contraint de s'exécuter et confie le projet à un ingénieur de 29 ans, Dante Giacosa, qui jusque-là n’a jamais travaillé sur un projet automobile. Le résultat est une voiture au format compact, sans équivalent à l’époque, avec des pneus de 15 pouces, une taille elle aussi inédite. Cette première Fiat 500, ainsi nommée pour le nombre de chevaux développé par son moteur, est présentée en juin 1936. Elle sera aussi fabriquée en France sous licence par la marque Simca, sous le nom de Simca 5 et 6.
Consommant peu, elle ne dispose que de deux places et coûte 8 900 lires, soit deux ans du salaire d’un ouvrier. Si elle ne répond pas aux critères prévus, elle connaît cependant un certain succès, puisqu’elle a tous les attraits d’une voiture de luxe, au prix d’une voiture de base.
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