« Le commencement de mon retour à Dieu » : John Newton, la foi retrouvée au cœur de la tempête
Une nuit de mars 1748, au large de l’Atlantique nord, un navire commerçant anglais, le Greyhound , se débat dans la violente tempête. Un matelot vient d’être englouti après être passé par-dessus bord. Attaché au bastingage pour ne pas sombrer à son tour, John Newton, 22 ans, pompe des heures durant dans le froid et le vacarme des flots. Enrôlé dans la marine en 1743, le jeune homme draine au sein de l’équipage une solide réputation de débauché et de blasphémateur. Mais voilà que, persuadé de mourir avant l’aube, il aurait soudainement élevé cette prière vers le ciel : « Seigneur, aie pitié de nous ! »
« À l’instant où ces mots sortent de sa bouche, John se sent comme sidéré, stupéfait d’avoir fait appel a la miséricorde divine. Car cela témoigne qu’une partie de lui croit encore donc que Dieu peut choisir de les sauver », écrit Bruce Hindmarsh, professeur d’histoire du christianisme au Regent College de Vancouver (Canada) dans Amazing Grace. La vie de John Newton et la captivante histoire derrière un cantique (CLC France, 2025), un ouvrage coécrit avec Craig Borlase sur la vie de Newton.
Contre toute attente, le vaisseau, au gouvernail arraché et à la coque éventrée, échappe alors au naufrage. Le symbole est fort. Et la légende bien campée autour de cet épisode qui aurait inspiré, des décennies plus tard, au sulfureux marin – qui fut même un temps arrêté pour ses frasques, et réduit en esclavage – le célèbre cantique Amazing Grace, aujourd’hui encore repris dans des églises du monde entier.
Cette nuit-là a-t-elle réellement marqué, pour Newton, un retour à la foi chrétienne ? Fils d’un père capitaine marchand et d’une mère piétiste – morte de la tuberculose quand il avait 7 ans –, John Newton s’était largement détourné, à l’adolescence, des bancs du temple protestant où on l’emmenait enfant. Au cœur de la tempête, « je commençais à comprendre qu’il existe un Dieu qui entend et répond » , relira-t-il plus tard.
Mais quand il retrace la scène dans son autobiographie Récit authentique (1764), John Newton lui-même refuse pourtant de présenter cet épisode comme celui d’une conversion achevée : « (Il est) le commencement de mon retour à Dieu – ou plutôt de son retour vers moi ; mais je ne puis me considérer comme ayant été croyant, au sens plein du terme, que bien longtemps après. »
Si le mythe de la conversion radicale est donc à nuancer, cette nuit d’orage a constitué un réel pivot dans son itinéraire spirituel. « Aucun autre jour, hormis cette transformation survenue lors de la tempête en mer, ne fut célébré par lui comme il avait coutume de fêter les grandes dates anniversaires jalonnant sa vie : son propre anniversaire, celui de sa femme Mary (une amie d’enfance qu’il épouse en 1750, NDLR) , ou encore de leur mariage » , appuie l’historienne britannique Marylynn Rouse, directrice du « John Newton Project » , qui a recensé et publié de nombreux écrits inédits du marin.
« Il le considérait comme le jour le plus significatif de sa vie chrétienne, celui où il était passé des ténèbres à la lumière » , poursuit celle qui a écrit plusieurs livres sur le parcours et la théologie de John Newton, dont 365 Days with Newton (Day One, 2005).
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