Trois médecins, cinq infirmières, quatre dentistes : ce village est sorti du désert médical… grâce à ses habitants
« Commune cherche médecins » : cette banderole, vous l’avez déjà vue cent fois ces dernières années. Plantée à l’entrée des communes, elle est l’illustration de l’une des tragédies de notre époque : partout, les déserts médicaux se multiplient . À Guiclan, en Finistère, la banderole a fait son apparition il y a dix ans, lorsque le médecin généraliste du village est parti à la retraite à presque 70 ans, après une carrière remplie de journées qui s’étalaient de 7 h à 20 h. Faute de successeur, sa patientèle s’est retrouvée contrainte de se faire soigner dans les communes voisines.
« Mais au lieu de se résigner, on a décidé d’aller de l’avant, assure Robert Bodiguel, élu de la commune de 2 500 habitants depuis 1995 et maire depuis 2019. La question qui nous animait, c’était : “comment faire venir un médecin” ? » À l’époque, Guiclan ne comptait plus qu’un cabinet infirmier et un kinésithérapeute.
« Quand la mairie a annoncé qu’elle cherchait des médecins, on nous a pris pour de doux rêveurs », poursuit Robert Bodiguel. Après concertation, les élus ont décidé de la création d’une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Un projet innovant. L’objectif premier était de récolter des fonds pour la construction d’une maison médicale.
Une SCIC doit comporter trois actionnaires : des producteurs de services (les professionnels de santé), une collectivité (la mairie de Guiclan) et des utilisateurs de services (les habitants). « Il a donc fallu embarquer la population avec nous », explique le maire. Une réunion publique s’est tenue à la rentrée 2016, pour proposer le fonctionnement suivant : la mairie attend un apport économique des habitants, et s’engage en échange à investir une somme équivalente.
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Cet argumentaire a été pour le moins convaincant : la municipalité espérait obtenir jusqu’à 30 000 € de la population… et en a récolté 68 000 ! La mairie a tenu son engagement, portant le capital de départ de la SCIC Guiclan Santé à plus de 130 000 €. Sans soutien de l’Agence régionale de santé (ARS), mais avec des subventions européenne et de la Communauté de communes du Pays de Landivisiau, le projet de maison médicale était lancé. Restait encore à trouver les médecins pour la remplir.
En parallèle, la commune a participé à un « généraliste dating » à la faculté de médecine de Brest. « Certains cherchent l’amour ou un travail, nous, on voulait juste un médecin » , plaisante Robert Bodiguel. Le jour de l’événement, pas moins de 26 projets se sont présentés pour faire les yeux doux aux nouveaux médecins. « La concurrence était rude, souffle le maire. Certaines communes offraient des chèques à l’installation de 50 000 €. »
Mais grâce à l’implication de ses habitants et à son projet structuré de maison médicale, Guiclan est parvenu à tirer son épingle du jeu. « Les médecins voyaient en nous une commune dynamique, ainsi qu’un projet audacieux, mais très concret » , souligne Robert Bodiguel.
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